‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 123 sur 255 · LA « DERNIERE NUIT DE POMPEI · texte numérisé non relu

LA « DERNIERE NUIT DE POMPEI

a Mes troupes occuperont Alexandrie, Valence et San Salvator.

« Dans l'espoir de vous voir bientôt, je suis, de Votre Majesté,

« Le bon frère, « Napoléon. »

Il écrit ensuite à l'Impératrice pour répondre à une dépèche où elle dit que le Prince impérial a eu beaucoup de peine du départ de son père :

« J'ai été bien ému de son chagrin. Que je serais heureux de le revoir! Dis-moi bien ce qu'il fait.

« Je désire qu'il ne pense pas à moi : car, à son âge, il ne faut pas trop développer sa sensibilité. »

Il s'absorbe ensuite dans l'étude des mille détails de l'organisation de l'armée, et il ne sort qu'à neuf heures du soir pour aller à la représentation de gala que lui donne la ville de Gênes, au théâtre Carlo Felice.

A cette fête, où l'on joua un ballet tiré de la Dernière nuit de Pompéi, de Lytton Buhow, l'enthousiasme des dames en grande toilette fut aussi exubérant que celui du peuple dans la rue, ce qui n'empêcha pas dans la nuit le colonel Damiguet de Vernon, grand prévôt de l'armée, déterminer son rapport sur la soirée par ces mots prophétiques : « Il y a lieu de craindre que cet enthousiasme si prompt et si violent ne tombe et ne tourne en désaffection. »

Ce colonel avait été préoccupé et fort affairé, car on l'avait prévenu de l'arrivée de plusieurs assassins de profession, et il avait en main diverses lettres de menaces parvenues depuis peu au quartier général. Voici à titre de spécimen l'une de ces lettres; les autres sont à l'avenant :

m. is

« A Napoléon III

« S'il existe sur la terre un être méehant, c'est Napoléon III.

« Pour tant de millions d'hommes que cet être a ruinés, guerre, guerre à mort à lui et aux siens : malédiction sur cet assassin couronné. L'Allemagne est forte et unie, et l'Union allemande anéantira Napoléon et son nom.

« Des millions d'Allemands ont fait le serment de se venger personnellement de ce criminel, et le plan projeté réussira.

« Le mot d'ordre : Peuple.

« Cri de guerre : Révolution.

« Cette fois il doit être tué.

« Signé : Fiesco Baldin. »

« Unger Baldin. »

Ces menaces pourraient être suivies d'exécution, car on signale de Londres le départ des sieurs Valerino et Jupo qui, dans un meeting tenu le 5 mai, ont fait cette déclaration : « Napoléon III va délivrer l'Italie de l'Autriche; il réussira après une ou deux grandes batailles, mais il donnera ses conquêtes à son cousin. Nous n'aurons fait que changer de maître. Mieux vaudrait rester ce que nous sommes que devenir esclaves de la France.

« Nous devons nous servir de Napoléon pour chasser l'Autriche et ensuite nous débarrasser de lui. Ce sera l'affaire d'une balle ou d'un poignard. »

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