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UNE REQUÊTE BIZARRE

A Paris, le préfet de police, M. Boitelle, homme sage et avisé, a pris ses précautions, et il a envoyé à la suite du souverain une brigade de la sûreté sous les ordres de M. Hyrvoix. Ce fonctionnaire sera à la fois chargé de surveiller l'Empereur et de fournir des espions au colonel Saget, chef du service des renseignements.

Les agents de M. Hyrvoix auront un uniforme très simple, avec des boutons argentés portant l'inscription : typographie impériale. Ainsi costumés en imprimeurs ils n'attireront pas l'attention, et leur présence se dissimulera facilement.

Les agents de la sûreté ont commencé leur service en visitant, une heure avant la représentation de gala, les dessous de la loge impériale, pendant que le grand prévôt et M. Hyrvoix, accompagnés d'agents sardes, identifiaient dans la salle tous les spectateurs.

Tandis que l'Empereur débarquait à Gênes, Victor- Emmanuel s'établissait à Occimiano, et son changement de quartier général était l'occasion d'une scène assez amusante. Avant de quitter San Salvator, il fit appeler le propriétaire de la petite maison où il logeait et le remercia de son hospitalité; celui-ci, fort touché, pria le roi de lui accorder une grâce. « Parlez, répondit Victor-Emmanuel. — Eh bien, Sire, veuillez me donner les draps dans lesquels vous avez couché et la serviette dont vous vous êtes servi. » Le Roi éclata de rire et accéda à la demande de son hôte. Intrigués de l'idée que pouvait avoir le brave homme, des officiers l'interrogèrent et il leur dévoila que la présence du Roi dans sa maison l'avait rendue historique et qu'il voulait en faire un musée où il montrerait aux tou-

ristes, moyennant rémunération, la chambre du Roi avec les meubles et les objets à son usage.

Le matin du 13 mai, à cinq heures, on annonce à Napoléon III un visiteur : c'est Victor-Emmanuel qui est venu incognito. Après un tête-à-tête de quelques minutes, l'Empereur fait appeler le maréchal Vaillant et M. de Gavour, et expose son plan de campagne. Peu importe au Roi que Ion commence d'un côté ou d'un autre, pourvu que l'on chasse au plus vite les « Tedeschi » de ses États. Que l'Empereur décide et pousse à fond son dessein, il l'y aidera de toutes ses forces, il n'en demande pas davantage.

Toute la journée du 13 mai est consacrée par l'Empereur à régler des affaires; à six heures seulement il passe en revue les médaillés de Sainte-Hélène de Gênes. Au moment de son dîner on lui apporte la pétition d'un caporal de la division Bourbaki qui a été condamné à mort pour rébellion et coups. Déjà fort peiné d'apprendre qu'un chef de bataillon, M. Duperré, pris d'un accès de folie à Gênes s'est tué en se jetant par la fenêtre, il se laisse émouvoir par le placet du caporal : « Il y aura déjà tant de vies sacrifiées par la guerre, je veux au moins sauver celle-là » , pense-t-il, et il signe la grâce.

Au dîner, le maréchal Vaillant soumet à l'Empereur une question assez curieuse : un jeune soldat de la légion étrangère, sujet prussien, demande à être relevé de son engagement, prétextant qu'il peut être appelé, dans cette guerre, à servir contre son pays. Ses chefs consultés appuient sa demande, trop heureux d'être débarrassés d'un assez piètre sujet au point de vue de la santé, disent-ils. Ce légionnaire s'appelle von Bonin

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