‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 125 sur 255 · UN DUC EN MARCHAND FORAIN · texte numérisé non relu

UN DUC EN MARCHAND FORAIN

et il se dit petit-fils de Bliïcher et fils du général von Bonin, en ce moment ministre de la Guerre en Prusse.

Le contenu de cette pétition eût été de nature à éveiller des soupçons sur la neutralité que la Prusse disait devoir garder. Cependant ni l'Empereur ni personne n'insista sur ce point délicat, et dans la conversation, à propos de la légion étrangère, on vint à parler des princes ou des divers personnages qui servaient en Autriche.

Beaucoup d'entre eux avaient été reçus aux Tuileries; ainsi l'un des aides de camp rappela que le duc de Nassau, qui venait de rejoindre l'armée autrichienne, avait été, l'année d'avant, l'hôte de l'Empereur à Fontainebleau, et que l'Impératrice s'était beaucoup amusée de son esprit et de son enjouement.

Lors de la foire de Fontainebleau, conta cet officier, l'Impératrice était allée avec le duc de Nassau et une ou deux dames pour acheter aux boutiques foraines, faire marcher le tourniquet des macarons et s'amuser à toutes sortes de jeux. Le duc de Nassau, qui pendant la promenade avait disparu un instant, revint en blouse, sabots et casquette, absolument méconnaissable, et s'adressant à l'Impératrice : a Madame, ma bonne madame, achetez-moi aussi des bonshommes de pain d'épice » ; puis, tout en la suivant, il insistait pour lui proposer sa marchandise, si bien qu'après quelque temps lorsque la souveraine reconnut son cavalier elle se mit à rire de tout cœur d'un déguisement aussi réussi.

On parla ensuite des parents et des frères qui se trouvaient dans les camps opposés et l'un des convives rappela que l'impératrice Marie-Louise et le duc de Béni

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avaient des fils et des petits-fils qui allaient se battre les uns contre les autres.

Dans l'état-major sarde servait un des petit-fils de Marie-Louise, le comte de San Vitale, que connaissaient tous les officiers français, tandis que le propre fils de Marie-Louise et de Neipperg, le comte de Montenuovo, était lieutenant feld-maréchal commandant une division du corps du comte Glam-Gallas.

Les fils du duc de Berry étaient tous deux dans une condition beaucoup plus modeste. L'un Français s'appelait Ferdinand Oreille, du nom de sa mère, Virginie Oreille, ex-danseuse de l'Opéra, qui avait été d'abord protégée par le maréchal Bessières, et depuis 1814 par le duc de Berry; il servait comme capitaine dans les lanciers de la garde et ressemblait au duc de Berry, dont il avait les cheveux roux. Son frère, le comte de Laroche, était capitaine dans un régiment de uhlans; il vit encore, retiré à Gratz,

Le 14 mai, dans l'après-midi, l'Empereur entrait en gare d'Alexandrie où il allait s'établir

Gomme à Gênes, Alexandrie regorgeait de monde à l'arrivée de Napoléon III. On eût dit que cette ville était construite avec des êtres humains tant les maisons et les rues étaient pleines. Il n'y avait point de pompe, ni de décorations coûteuses : mais partout des fleurs, des feuillages et des souhaits de bienvenue naïfs.

Le maréchal Ganrobert, qui commandait, était à cheval sur la place de la gare que bordaient des troupes. Lorsque l'Empereur parut au débarcadère, le maréchal leva son sabre et tous les officiers à la fois exécutèrent le même mouvement, tandis que les musiques

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