ENCORE LES PONTS
taine s'arrête sur des signes désespérés du général Lebœuf. Alors l'Empereur avoue ne pas connaître un seul mot des questions d'appontement, de batellerie et de passage de rivières et, après avoir fait subir un long interrogatoire au capitaine, il écrit lui-même cette dépêche au ministre : « Je n'ai pas de nouvelles de mon parc de siège, de la compagnie de pontonniers demandée à Gênes, ni de mon équipage de ponts. »
La réponse n'arrive que le lendemain 18, assez tard :
La compagnie de pontonniers et l'équipage vont
rtir; quant au parc de siège, il ne peut être prêt avant la fin de juin, et il n'y a pas de chevaux pour son transport. »
Ainsi, on était entré en campagne dans un pays coupé de fleuves et de rivières sans équipage de ponts, et l'Empereur pensait faire le siège d'une place comme Plaisance sans artillerie de position.
Il ne faut pas trop l'accuser. A lui seul, il ne pouvait tout prévoir, ni tout faire; mais comment son majorgénéral, officier du génie, ingénieur de métier, n'avaitil pas vu qu'il faudrait des ponts pour traverser les innombrables rivières du nord de l'Italie? comment les chefs de service l'avaient-ils abusé, au point de lui faire des promesses qu'ils savaient ne pas devoir être tenues? Il avait signé le traité d'alliance, avec la certitude qu'il aurait soixante batteries de campagne et son parc de siège au mois de mars, et au mois de mai il n'avait que trente-deux batteries de campagne et pas une pièce de siège.
De ce jour, il devait renoncer à son plan d'attaque de Plaisance.
L'Empereur est donc indécis le 17 au soir, et pour
le lendemain il ne prescrit que des mouvements insignifiants. Le 18 et le 19 également, on reste en place et toute la journée l'Empereur demeure enfermé avec le maréchal Vaillant et le général de Martimprey. S'est-il arrêté à un dessein? Il n'en dit rien. A deux heures trente, le 19, une dépêche arrive. C'est le Roi qui fait savoir que : « le général Sambuy annonce de San Germano la retraite des Autrichiens au delà de la Sesia, à onze heures. La nouvelle a été portée à San Germano par le frère du syndic de Verceil » .
Quelques minutes après, nouvelle dépêche, celle-ci du général Gialdini : « Le général Broglia annonce que le syndic de Verceil lui fait savoir que les Autrichiens ont abandonné la ville et fait sauter le pont. » L'Empereur répond alors à Victor-Emmanuel : « Occupez Verceil le plus tôt possible avec une division, envoyez votre cavalerie sur la route de Mortara et faites réparer le pont du chemin de fer. »
A cinq heures, l'Empereur confirme cette dépêche : « Accusez-moi réception de ma dépêche; si la nouvelle de Verceil est vraie, je serai demain matin à six heures à Casai. »
Certainement le général Giulay, en voyant le mouvement des Français s'accentuer sur Plaisance, croit au renouvellement de la manœuvre de Bonaparte en 1 796 : c'est l'occasion prévue et visée par Jomini pour exécuter le mouvement par le nord. L'Empereur est à ce moment — après-midi du 19 mai — convaincu et décidé à suivre à la lettre le conseil du grand stratégiste, et il donne ordre au général Niel, dont le corps est le plus en arrière, de se mettre en marche sur Casai pendant la nuit. Vers six heures du soir, le général de