LE PLAN DE JOMINI. 2S
Mac-Mahon, le général Auger et les capitaines Grévy et d'Espeuilles se présentent au quartier impérial, après avoir franchi une distance de vingt-quatre kilomètres en cinq quarts d'heure. Ils trouvent l'entourage de l'Empereur en ébullition : dans le palais on discute, on fait des plans, on se remue; partout des officiers courent porter des ordres, d'autres très affairés écrivent fiévreusement. Les deux généraux introduits auprès de l'Empereur le trouvent d'une sérénité qui contraste avec l'agitation de son entourage ; ils en sont impressionnés.
L'Empereur annonce à ses visiteurs son intention, en présence de la nouvelle de Verceil, de changer ses projets; mais ne s'ouvre pas davantage et il retient les généraux à dîner.
Dans la soirée l'Empereur a peut-être eu des doutes sur la retraite des Autrichiens, car il envoie vers dix heures du soir cette dépêche qui arrête le mouvement du 4e corps : « L'Empereur prie le Roi de télégraphier au général Niel de suspendre son mouvement et d'attendre un nouvel ordre là où il est. » La division Vinoy de ce corps, partie la première, n'est pas touchée par ce contre-ordre, et le lendemain matin elle est encore en marche sur Casai lorsque le général Niel lui fait transmettre cette dépêche qu'il a reçue au petit jour : «Vous devez faire rentrer la division Vinoy dans ses cantonnements. »
La nouvelle de l'abandon de Verceil est positivement confirmée à trois heures du matin et « Cialdini télégraphie au Roi que la sixième et la septième arche du pont du chemin de fer à Verceil sont tombées, mais il espère rétablir le passage en peu d'heures » .
Le lendemain, 20 mai, l'Empereur envoie cette dépêche à l'Impératrice : « L'ennemi vient d'évacuer Verceil, c'est une grande épine tirée du pied. Ne reçois ni madame Wise ni sa fille. Donne-lui de l'argent et renvoie-les de France. » Et aussitôt il part en chemin de fer pour Casai où il arrive à six heures du matin; il se rend au palais Dal-Verme où est le Roi, et là, en présence du maréchal Vaillant et des généraux La Marmora et Délia Rocca, il développe le plan de la marche de flanc tel que Jomini la lui a conseillée. Les Autrichiens se croient menacés au sud du côté de Plaisance, il faut les maintenir dans cette crainte, et sans bruit les tourner de l'autre côté. « Dans cette grande manœuvre, dit l'Empereur en s'adressant au Roi, j'ai réservé à Votre Majesté et à vos bonnes troupes le poste d'avant-garde et l'honneur de porter les premiers coups. » A ces mots, le Roi se lève et serre les mains de l'Empereur à les briser, et le remercie avec effusion.
Le mouvement d'expansion du Roi calmé, le général La Marmora demande à l'Empereur l'autorisation de lui présenter une observation. Cette marche de fïanc devra s'exécuter sur une seule route que traversent de nombreux cours d'eau : la difficulté consistera surtout dans l'écoulement prolongé des colonnes et dans l'insuffisance de matériel de ponts. « J'insiste, moi qui connais bien le pays, auprès de Votre Majesté pour qu'elle laisse une partie de son artillerie, surtout celle de gros calibre; les colonnes seront allégées d'autant, et sans inconvénient, car dans les terrains de rizières et les cultures de mûriers et de vignes l'artillerie ne pourra guère être utilisée; au contraire, je prie Votre