‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 130 sur 255 · TASSE DE CAFE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

TASSE DE CAFE HISTORIQUE

Majesté d'emmener le plus possible de matériel de ponts : il n'y aura jamais assez de moyens de passage. »

L'Empereur, reconnaissant la justesse de ces observations, promet de faire rester à Alexandrie toute l'artillerie de réserve et d'accélérer l'arrivée des trois équipages de ponts qu'il a demandés en France ; puis, après conversation et déjeuner, les deux souverains montent à cheval pour aller voir la tête de pont de Casai et reconnaître le cours de la Sesia.

Il y a deux heures que l'Empereur et le Roi chevauchent quand arrivés à l'entrée d'un village ils mettent pied à terre et pénètrent dans une maison pour étudier les cartes ; aussitôt assis, l'Empereur appelle un sous-officier de carabiniers, qui se tient devant la porte de la maison, et lui demande s'il peut avoir une tasse de café. Le carabinier part; au bout de vingt minutes, l'Empereur retournant sur le pas de la porte se trouve devant l'état-major qui attend dans la rue et demande si l'on n'a pas de nouvelles du carabinier et de son café. Sur une réponse négative l'Empereur rentre; quelques minutes se passent encore, et l'on voit enfin le carabinier accourir suivi d'un paysan tenant un plateau avec une cafetière antédiluvienne et un sucrier du même genre. Le porteur et le service à café se complètent et présentent un aspect aussi risible que minable, si bien que les officiers sardes craignent que l'Empereur ne veuille pas d'un breuvage présenté en si piteux appareil; mais ils le voient contempler la cafetière en souriant, se verser une tasse de ce qu'en argot on appelle du « jus de chapeau » et le boire sans sourciller en disant : « A la guerre comme à la guerre. »

Les souverains partis, le général Durando court après le propriétaire du café et lui achète son plateau et ses ustensiles. Depuis, il les a conservés dans son salon à Turin, avec une inscription rappelant dans quelle circonstance historique ils avaient servi.

Rentré vers deux heures à Alexandrie, Napoléon III en repart de suite pour aller visiter le champ de bataille de Marengo où campent les voltigeurs de la garde. Il est reçu par le général Decaen qui le mène au parc du Fontanone et au buste de Desaix. Le général Decaen et ses colonels, Dubos et Montaudon, le trouvent très fatigué et sont péniblement impressionnés de la tristesse de son regard et de la lourdeur de sa démarche. Souffre-t-il déjà de la maladie qui l'emportera après des tortures terribles?

Rentré le soir à sept heures, on lui remet cette dépêche :

« 20 mai.

« Cialdini au Rot.

« Je reçois à l'instant ces renseignements : il y a 2,500 Autrichiens à Borgo Vercelli, personne à Novare et à Robbio. A Mortara, 20,000 hommes commencent à sortir par la porte du Simplon, pour aller sur Vigevano (vers le sud). A midi, ils n'étaient pas sortis en totalité, en raison de l'énorme quantité de bagages qu'ils emportent. »

Le mouvement des Autrichiens s'accentue vers le sud ; aussi l'Empereur renouvelle-t-il au général Lebœuf ses instructions pour l'établissement des ponts, et il lui fait préparer les ordres pour que le mouvement commence durant la nuit du 21 au 22.

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