‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 13 sur 255 · LE 1101 DE SUÈDE ET SES FILS · texte numérisé non relu

LE 1101 DE SUÈDE ET SES FILS

accent gascon prononcé, qu'il ne pouvait tenir que de Bernadotte, car il n'avait jamais été dans le midi de la France. De suite il m'assura de son désir d'alliance avec la France et l'Angleterre ; mais auparavant il eût voulu être certain de l'entrée de plusieurs autres puissances dans la coalition. Du reste, il suffisait de se préparer pour le printemps, rien ne pouvant être tenté avant. Il me fit grand éloge de son armée et de sa marine et insista pour la prolongation de mon séjour en Suède où ses fils me montreraient en détail ses régiments, ses arsenaux et sa flotte.

« Je me contentai de répondre en faisant luire à ses yeux la restitution de la Finlande; puis, après une demi-heure de conversation, le Roi me congédia.

« Il m'avait paru être fort doux et surtout soucieux de se livrer, comme un particulier, à ses goûts artistiques, tels que la peinture et la musique; car s'il peignait il composait aussi, et, parmi ses œuvres musicales, on me signala la musique des Chansons des Aventuriers de la mer, de La Légende des Siècles de Victor Hugo.

« En sortant du cabinet du Roi je me rendis chez ses deux fils, tous deux remarquablement beaux. L'ainé, qui fut roi sous le nom de Charles XV, avait les cheveux, les sourcils et la barbe noir de jais, avec des yeux bleus. Il était général et s'occupait particulièrement de questions militaires. Le second, actuellement le roi Oscar II, était capitaine de vaisseau. L'aîné a publié des ouvrages de poésie et plusieurs traités militaires. Le roi Oscar II a écrit souvent des poésies et des articles de philosophie, de politique et d'histoire dans diverses revues.

«Les deux princes m'accueillirent avec tendresse ;

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comme me l'avait dit leur père, et m'invitèrent pour chaque jour de la semaine : nous devions préparer le fameux plan de campagne, passer en revue les troupes et étudier les institutions militaires de la Suède.

« Après ma visite aux deux princes, je fus amené auprès de leur mère, la reine Joséphine, la fille du prince Eugène, qui me montra un tableau du Roi, représentant la frégate Eurydia dans l'orage terrible du 15 août 1830, dont le souvenir est longtemps resté dans les pays du Nord. Le Roi qui était à bord de ce navire pour se rendre à Pétersbourg saluer l'empereur Nicolas avait cherché à rendre les effets de la tempête qui l'avaient vivement frappé. Le tableau avait une certaine allure. Quoique âgée de plus de cinquante ans, la Reine avait encore de la grâce et une jolie taille. Je fus frappé de son habillement entièrement noir et fort simple. Elle m'interrogea beaucoup sur l'Impératrice, me dit combien de toutes parts on vantait sa beauté et sa grâce, me demanda beaucoup de détails sur ses toilettes et sur les fêtes et les usages de la cour. Lorsqu'elle me congédia, les deux chambellans m'amenèrent chez la Reine mère.

« La Reine mère, c'était Désirée Glary, la femme de Bernadotte, la fiancée de Napoléon.

« Les chambellans me firent entrer dans une grande chambre de style premier empire, toute tendue de soie jaune serin. Les meubles étaient d'acajou avec des bronzes ciselés : dans un angle, une magnifique harpe dorée; au milieu, un clavecin; et, dans une alcôve, un énorme lit sur lequel s'accumulait une pile de matelas si haute que le couvre-pied jaune était à deux mètres du sol.

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