‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 131 sur 255 · COMBAT DE MONTEBELLO · texte numérisé non relu

COMBAT DE MONTEBELLO

Ce soir-là, au quartier général d'Alexandrie, on bavardait ferme sur le changement de plan, et de toutes parts on accueillait avec joie la nouvelle direction donnée aux opérations. Une dépêche annonçant un premier combat vint couper court aux bavardages.

A une heure de l'après-midi, la division Forey qui formait l'avant-garde de l'armée avait été attaquée à Montebello par une vingtaine de mille hommes. Surprises d'abord, les troupes s'étaient ralliées, et le général Forey, comprenant que le meilleur moyen de se défendre était d'attaquer, avait chargé à fond sur les Autrichiens en deux colonnes. Ceux-ci étonnés avaient lâché pied et s'étaient retirés. Pendant le combat, le colonel Mangin de la division d'Autemarre, entendant le canon, était accouru, sans ordres, soutenir ses camarades. Les chevau-légers sardes avaient chargé à plusieurs reprises jusque sur les baïonnettes autrichiennes et avaient perdu leur lieutenant-colonel Morelli et plusieurs officiers, dont le sous-lieutenant Govone.

L'effet moral était excellent : on avait pris l'offensive sans regarder au nombre des adversaires; dans les bivouacs la légende se formait que l'on s'était battu un contre quatre, et le soldat prenait de l'assurance persuadé qu'à forces égales et même supérieures il aurait facilement raison des Autrichiens. Mais au quartier général, l'Empereur est devenu inquiet. Que cache cette attaque?

Les Autrichiens, qu'il croyait sur la défensive derrière le Pô, vont-ils nous devancer et venir donner en masse sur le derrière de notre armée remontant vers le nord?

ni. 19

L'Empereur veut être fixé et, sans abandonner l'idée de la marche de flanc de Jomini, il se résout à en ajourner l'exécution et il écrit ce mot, dans la soirée du 20, à Victor-Emmanuel :

« 20 mai.

« Sire, l'ennemi a attaqué Gasteggio... Dans ces circonstances il faut être prudent à notre gauche, mais toujours tenter le passage sans se lancer en avant trop loin.

« Je me dis de Votre Majesté, etc.

« Napoléon. »

Puis il fait suspendre l'expédition des ordres de mouvement et, pour avoir des nouvelles, il envoie un officier d'ordonnance au maréchal Baraguay-d'Hilliers, avec ce billet :

« 20 mai, 11 heures du soir.

« Au maréchal Baraguay-d* Hilliers .

« Maréchal,

« J'ordonne au maréchal Canrobert de porter ses troupes à Ponte-Gurone, au général Mac-Mahon d'occuper Gastel-Nuovo, afin d'être à même de vous soutenir si vous étiez attaqué de nouveau. Tenez-moi au courant.

u Sur ce. etc.

« Napoléo::. »

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