‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 136 sur 255 · DANS L'ATTENTE DE L'ATTAQUE · texte numérisé non relu

DANS L'ATTENTE DE L'ATTAQUE

Cette fois, Victor-Emmanuel confie à M. de Cavour son dépit : «... Décidément, rien n'est plus déplorable que de voir l'incertitude qui règne dans le commandement suprême. Constamment soumis à des ordres et à des contre-ordres, nous courons sans cesse le danger de faire de grosses sottises. Ainsi, je fus abasourdi par l'ordre que je reçus d'abandonner, sous le feu de l'ennemi, toutes les positions que j'occupais sur la rive droite du Pô et de me rendre à Alexandrie au secours des Français.

« Les termes des dépêches que je recevais étaient étranges... Après plusieurs heures d'angoisse je reçus, enfin, une dépèche, disant qu'on s'était trompé.

« Les Français ont fait plusieurs fautes de cette nature et je prie Dieu qu'ils n'en fassent plus, parce que ce serait notre ruine. Et, bien que vous ayez peu de confiance en moi, cher comte, je puis dire que je n'ai jamais fait et ne ferai jamais d'erreurs semblables; j'espère qu'un jour vous me rendrez justice. Les généraux français savent apprécier ma conduite et me demander mon avis ; mais, au-dessus d'eux, il y a un maître qui fait ce qu'il veut. »

Pendant l'après-midi du 23, tout rentre dans l'ordre ; mais, vers onze heures du soir, le maréchal Baraguayd'Hilliers prévient de nouveau l'Empereur que l'attaque différée la veille doit certainement se produire dans la nuit. L'Empereur écrit lui-même ces deux billets au maréchal Canrobert : « Le maréchal Baraguay-d'Hilliers annonce encore que l'ennemi s'avance en force. Si le fait se confirme, vous prendrez les mêmes dispositions qu'hier. » Et au général de Mac-Mahon : « Dites au maréchal Baraguay-d'Hilliers que, si ces bruits se cou-

firment, Ganrobert a Tordre de prendre les mêmes dispositions qu'hier. Des reconnaissances doivent vous éclairer. »

Mais il se contente de mettre en mouvementées deux corps ; il laisse le reste de l'armée au repos.

A minuit, on reprend les dispositions de la veille, et l'on attend en ligne de trois heures à sept heures du matin. Alors arrive cet avis du capitaine Jumel : « Les renseignements que l'on possède proviennent du général de Sonnaz. Il a été impossible de faire passer des espions. Le général de Sonnaz affirme que des forces autrichiennes considérables ont passé de ce côté du Pô. Il n'y a pas de pont à Gervesina. » Puis, le capitaine Jumel ajoute qu'on vient de lui amener un nommé Schiapetti, qui vient de la rive opposée; il l'a interrogé. D'après lui, il n'y a pas un Autrichien sur la rive droite, et ce dernier renseignement est confirmé par les reconnaissances de cavalerie que le général de Mac-Mahon a envoyées aussi loin que possible le long du Pô et qui n'ont rencontré personne.

En effet, les Autrichiens ne songent pas à nous attaquer ; mais sont-ils massés au sud ? C'est ce que le service des renseignements doit s'occuper de savoir. Puisque le général de Sonnaz et le capitaine Jumel ne peuvent faire passer personne dans les camps ennemis, c'est par le nord que le capitaine Saget va tâcher de pénétrer jusqu'au grand quartier général ennemi. M. Hyrvoix lui amène un homme qu'on lui dit être sûr et intelligent : c'est un petit Italien du nom de Ghoggia, noiraud, type de furet intelligent, qui comprend bien ce qu'on lui demande et qui part de suite.

Le 25, de grand matin, l'Empereur est prévenu par

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