LA MARCHE DE FLANC
un autre agent, en route depuis huit jours, que le quartier général autrichien est à Guarlasco, c'est-à-dire au sud, près du Pô. Alors toute la matinée se passe en conseils, ou plutôt en conciliabules. L'Empereur cause avec le maréchal Vaillant et le général de Martimprey. Le général de Martimprey expose que l'attaque par le sud est impossible et démontre les avantages de la marche de flanc, et le maréchal Vaillant soutient le contraire.
Quand l'Empereur les a entretenus pendant une demi-heure, il les congédie et il demeure à réfléchir, tandis que le général de Martimprey, sans perdre un instant, va rejoindre le général Jarras et établir avec lui, sur les cartes, les itinéraires et les étapes de chaque corps : aussi chaque fois que l'Empereur le demande, il lui apporte des indications précises sur les moyens d'exécuter le projet qu'il propose.
A déjeuner, l'Empereur, qui a invité le général Frossard, le met à sa gauche et, après le repas, l'emmène seul; et, tout en fumant, pendant une heure et demie il cause avec lui. Le général Frossard soutient énergiquement les idées du général de Martimprey.
Il n'en souffle mot à pcijonne, l'Empereur non plus, si bien que, comme il est officier du génie, dans l'état-major on croit voir en lui un adversaire de la marche de flanc et un partisan du maréchal Vaillant. Dans l'après-midi, l'Empereur monte dans son wagonsalon avec le maréchal Vaillant et les généraux Martimprey, Lebœuf et Frossard, pour aller de nouveau à Voghera. Le maréchal Baraguay-d'Hilliers et le général de Mac-Mahon, prévenus, l'attendent et montent dans le wagon aussitôt qu'il est en gare — à trois heures.
302 GANROBERT.
Là se tient encore un conseil durant une heure. Après quoi le maréchal Baraguay-d'Hillicrs et le général de Mac-Mahon descendent de wagon et rentrent à leur quartier, et le train impérial repart pour Alexandrie.
Personne n'a jamais su ce qui s'était dit dans ce wagon; mais pendant que le train impérial s'éloigne, la nouvelle se répand, comme une traînée de poudre, que l'on va marcher sur Plaisance par Stradella. C'est de l'enthousiasme, des cris, des hourras, des danses dans les bivouacs. La population des villages avoisinants mêle sa joie à celle de nos soldats et les généraux, en rentrant dans leurs campements, sontaccueillis par des pluies de fleurs. On dit que le quartier impérial viendra s'établir demain à Voghera; on désigne même la maison où seront logés les chevaux avec les équipages de l'Empereur. Et pour confirmer ces bruits, le lendemain, la Gazette sarde annonce officiellement le départ des équipages de l'Empereur.
Rentré dans la soirée, l'Empereur, encore indécis, ne se résout ni à l'une ni à l'autre des propositions de ses lieutenants. Il a peur du grand mouvement de flanc, et il ne peut pas faire le siège de Plaisance, puisqu'il n'a pas d'artillerie; alors, il prend un moyen terme et s'arrête à la seconde manœuvre indiquée par Jomini : passer le Pô à Gandia et Valenza et attaquer de face les Autrichiens. Le général de Martimprey rédige les ordres sur ses indications : le Roi et l'armée sarde passeront par Verceil et marcheront en inclinant au sud pour se joindre aux 2e, 3e et 4e corps et à la garde qui passeront par Gasal et Gandia au centre, et se formeront en ligne de bataille parallèlement au cours du