CHANGEMENT DE FLANC
L'Empereur reconnaît le bien-fondé de cette observation et y fait répondre : « Veuillez faire connaître à Sa Majesté que l'Empereur donne son agrément à la sortie de Verceil des trois divisions sardes en même temps, le 30 au matin, afin que la division qui doit s'emparer de Palestro pour protéger la construction des ponts ne reste pas exposée aux efforts de l'ennemi.
« Général de Martimprey. »
Et ce jour-là, l'Empereur écrit au ministre sa lettre souvent citée :
« Si j'avais eu mon parc de siège, je n'aurais pas été obligé de changer mon plan. »
Au moment où nous sommes, l'armée autrichienne est massée entre Mortara etPavie. L'armée alliée forme un demi-cercle autour d'elle; la tête tournée vers le sud, elle menace l'aile droite autrichienne. Le lendemain, 27, tous les corps vont faire à la fois demi-tour et exécuter en sens inverse, vers le nord, une marche de vingt-cinq lieues pour se masser sur l'aile gauche autrichienne.
Les derniers corps (Mac-Mahon et Baraguay-d'Hilliers) feront des démonstrations bruyantes pour attirer l'attention de l'ennemi au sud du Pô. Le matin du 27, le général de Mac-Mahon fera avec ostentation un commencement d'établissement de plusieurs ponts à Gervesina et les régiments du maréchal Baraguay-d'Hilliers devront, lorsqu'ils seront non loin des vedettes autrichiennes, multiplier les reconnaissances et exécuter des réveils, des batteries et des sonneries nombreuses.
Dans la soirée du 26, Napoléon semble être satisfait. Sa figure est rayonnante : il a l'espérance de réussir son mouvement. Après son dîner, au lieu de s'enfermer dans son cabinet, il descend dans le salon de ses officiers et là, en camarade, il passe la soirée avec eux et se fait lire, par le maréchal Vaillant, le récit de la bataille de Marengo, de M. Thiers. Lorsque, vers minuit, il quitte ses jeunes officiers, ceux-ci se répètent : « Plus on connaît l'Empereur, plus on s'attache à lui et plus on a pour lui d'affection. »L'un d'eux remarque même que son amabilité et sa douceur ont le don de communication et que, depuis qu'il vit avec lui, le maréchal Vaillant est devenu gracieux.
C'est le maréchal Ganrobert qui doit prendre la tête du mouvement de l'armée française pour rallier Pavantgarde composée de l'armée sarde. Pour accélérer sa marche, son corps d'armée ira en chemin de fer jusqu'à Casai et le maréchal arrive lui-même dans cette ville dans la nuit du 28 au 29 mai.
Il peut être deux heures du matin et le maréchal et ses officiers dorment dans leur wagon à poings fermés. Il faut les secouer quand ils sont en gare.
Tous se frottent les yeux, furieux d'être tirés d'un sommeil dont ils sont privés presque complètement depuis quinze jours. On se secoue comme un chien mouillé sortant de l'eau, et l'on sort de la gare. Personne dans la ville ; à peine si des réverbères minables éclairent cette vieille cité. Un employé du chemin de fer, avec un falot, conduit le maréchal et son étatmajor jusqu'à la maison désignée comme quartier général. On circule dans des ruelles étroites bordées de hautes maisons sévères comme des prisons ou des