‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 142 sur 255 · CAÏNROBERT A LA TETE DE L'ARMEE · texte numérisé non relu

CAÏNROBERT A LA TETE DE L'ARMEE

devant Palestro et eût empêché l'armée du Roi et le corps du maréchal Ganrobert d'assurer l'établissement des ponts et ensuite le passage de l'armée, la combinaison eût été manquée et l'on eût couru le risque de voir l'armée du Roi et le corps du maréchal rejetés dans la Sesia.

Aussi, l'Empereur presse la marche des troupes; mais il modifie encore ses ordres et, cette fois, copie mot à mot le projet de Jomini. Le 30, les trois divisions sardes occuperont Palestro pendant qu'on établira le pont; le 31, le maréchal Ganrobert passera ce pont et se joindra au Roi. Le 1er juin, à l'aube, l'armée du Roi chassera les Autrichiens de Robbio et tâchera de s'emparer, à INicorvo, du pont sur l'Angrogna tout en surveillant les routes du sud. Le maréchal Ganrobert sera en soutien du Roi et poussera des reconnaissances clans la direction de Vespolate — c'est-à-dire vers Test; le général de Mac-Mahon marchera un peu plus au nord dans la direction de Novare, et le général Niel encore plus au nord. La garde sera en réserve à Verceil avec la cavalerie.

Donc, le 29 et le 30, l'armée continue sa marche sur un ruban de 25 lieues de routes poudreuses. Les sol dats marchent deux à deux sur les bas-côtés des chaussées. Chargés, couverts de poussière, ils supportent tantôt le soleil ardent, tantôt les orages soudains qui éclatent par moments. Ils cheminent chantant, blaguant ou maugréant. Ge qui les irrite par-dessus tout, ce sont les arrêts perpétuels. Dans chaque colonne, suivent des files interminables de bagages : cais>o.»> d'artillerie, forges ou fourragères, voitures de toutes sortes de bagages et de mercantis, marchands de vin

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ou détrousseurs de morts qui suivent les armées, ou bien même des dames. Beaucoup d'officiers en effet se font suivre de leur femme. Ainsi, voici un coupé élégant, conduit par un cavalier des guides : c'est Mme de Mirandol, la femme du colonel de ce régiment.

A croire le général de Rouvray, au 4e corps, qu'il a vu défiler le 29, il y a plus de deux mille voitures, conduites par autant de soldats, ordonnances ou conducteurs, distraits du rang des combattants. Il y a aussi les amateurs, les curieux, les correspondants de journaux. L'un d'eux a l'habitude de suivre les chasseurs d'Afrique, et il chevauche derrière la colonne avec les vétérinaires. « Qui est ce monsieur? demande-t-on à un vieux briscard d'Afrique. — Le dentiste du régiment, » répond-il.

Cette masse de voitures occasionne des encombrements perpétuels. Qu'un seul de ces véhicules s'arrête, qu'une roue casse, qu'un cheval s'abatte, et voilà 20,000 hommes cloués sur place.

Le lundi 30, le maréchal Ganrobert quitte son palais de Casai et se rend du côté du Pô.

Au jour gris, aux lueurs blafardes qui percent vers l'horizon, les têtes de colonnes de son corps d'armée débouchent des ponts-levis de Casai pour gagner la rivière. L'infanterie s'engage sur le pont de fil de fer que deux piles gigantesques suspendent dans les airs à 25 mètres au-dessus des eaux. L'artillerie, qui forme colonne à part, se dirige, avec son bruit sourd et continu, vers le pont de bateaux.

Le maréchal traverse le pont suspendu entre deux unités d'infanterie ; au milieu, il s'arrête un instant et

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