AUX AVANT-POSTES AUTRICHIENS
colonel Stoffel, et la voiture ainsi escortée longe la route qui mène à Mortara ; de chaque côté sont campés des régiments de la division de Luzy-Pelissac. Le marquis de Luzy-Pelissac est un ancien mousquetaire de la maison du Roi qui a suivi le duc d'Angoulême, en 1815, à travers le midi de la France, quand il essayait de soulever les populations pour courir sus à ïusurpateur échappé de l'île d'Elbe. Depuis, devenu général, il a été passer des inspections en Algérie; mais il n'a rien appris de la guerre. C'est un gentilhomme, très aimable, parfait dans un cercle mondain ou dans un salon : mais pourquoi lui a-t-on donné une division à commander en campagne?
Ce jour-là il a oublié de faire couvrir ses campements par des grand'gardes où des postes avancés. Ses soldats voyant l'Empereur sur la grande route quittent leurs tentes où ils font la soupe, et ils accourent sur le passage de la voiture dans les costumes les plus variés, agitant leurs képis et criant : « Vive l'Empereur ! » Bientôt la voiture dépasse les camps et continue jusqu'à un bouquet d'arbres où il doit y avoir une grand'garde, mais où il n'y a personne. S'en apercevant, l'Empereur fait arrêter, regarde autour de lui et demande au général Niel : « Sommes-nous au delà de vos avant-postes? — Oui, sire. — Ils ne sont guère en avant des camps... » et sur cette observation Napoléon III donne l'ordre de rebrousser chemin. Quand il se retrouve à hauteur des camps, un capitaine tout essoufflé et l'air ému fait signe au général Niel qu'il désire lui parler : « Les Autrichiens, dit-il, ont des avant-postes cachés dans les taillis et les blés à quelques centaines de mètres de l'endroit où l'Empereur a
rebroussé chemin. » Le général Niel, abasourdi par cette confidence, n'en souffle mot à l'Empereur, et aussitôt rentré dicte un ordre du jour pour rappeler le placement des grand'gardes, et reprocher au commandant de la cavalerie la façon dont il exécute les reconnaissances : « Vous envoyez un peloton sur une route, lui dit-il, vous lui donnez comme instruction de pousser deux ou trois kilomètres en avant, puis de revenir; tous les matins vos reconnaissances font une promenade identique et rentrent avec la même rengaine : « Rien de nouveau. » Les Autrichiens, qui connaissent ces errements, laissent passer vos patrouilles, en s'en cachant, et nous ne savons rien. A l'avenir, je veux que vous déterminiez d'avance les points où vous devrez vous enquérir de l'ennemi. » Le général prêchait en vain; il eût fallu, pour rompre avec la routine, changer les hommes qui étaient à la tête de la cavalerie.
Ce même soir, encore fort ennuyé de ce qui s'est passé le matin, le général Niel fait appeler le commandant de son peloton d'escorte, le lieutenant Garcasson, dont il a remarqué plusieurs fois l'esprit d'initiative : « Vous allez prendre huit cavaliers, lui dit-il, et vous irez dans la direction de Mortara jusqu'à ce que vous ayez un homme blessé. » Le lieutenant part et revient au bout de plusieurs heures, ses hommes sains et saufs, mais ramenant trois prisonniers qui appartiennent à des arrière-gardes de l'armée autrichienne qui bat en retraite.
L'Empereur, après avoir vu le hameau et la plaine de la Bicoque, est rentré à Novare. Il a maintenant 150,000 hommes sous la main : pourquoi ne va-t-il