TURBIGO
pas à l'ennemi? Il aurait l'avantage du nombre, de l'offensive et de la décision.
Victor-Emmanuel lui a envoyé un de ses officiers lui parler en ce sens, et dans les états-majors on s'attend à recevoir l'ordre de marcher à l'ennemi. Mais Napoléon 111 hésite; il n'a jamais fait la guerre, et cependant il sait aussi combien est chanceuse l'issue d'un combat. Il a horreur de la vue du sang et il ne peut prendre sur lui d'ordonner une bataille : il la recevra si son adversaire l'attaque; mais voudrait-il s'y décider de lui-même qu'il ne le pourrait pas. Il lui faudrait un cœur plus endurci. Chez lui, le caractère et la volonté ne sont pas à hauteur de la conception ; il lui manque la force morale nécessaire pour accomplir, malgré les difficultés, le plan qu'il a adopté.
Ne voulant pas prendre la responsabilité d'ordonner la bataille, il cherchera, tout en se tenant sur ses gardes, à passer le Tessin et à gagner Milan.
La moitié de l'armée (les corps Baraguay-d'Hilliers, Mac-Mahon, Niel et une partie de la garde) restera autour de Novare ou s'avancera du côté du Tessin, sur la grande route de Milan, pour arrêter les Autrichiens. L'aile droite (le Roi et le maréchal Ganrobertà Palestro) fera une pointe pour faire croire à l'ennemi qu'il va être attaqué; puis aussitôt elle remontera au nord, pour passer le Tessin à Turbigo.
Tel est, dans la matinée du 2 juin, leplan de Napoléon. Nous allons voir combien de fois son exécution donna lieu à des contre-ordres, et comment il aboutit à la surprise de Magenta.
Le général Lebœuf a déjà fait reconnaître le cours du Tessin et a déterminé à Turbigo un endroit pro-
pice pour le passage ; un bac y est établi et la rive droite domine celle de l'ennemi. L'Empereur ordonne d'y transporter de suite les équipages et d'y commencer le travail dans la soirée. Une division dont la moitié passera le fleuve protégera les travaux.
L'ordre de la construction des ponts donné verbalement, l'Empereur prend la première feuille de papier à sa portée — à l'en-tête de l'intendant de Novare et aux armes de la maison de Savoie — et il écrit ce billet peu lisiblement :
« Au général Regnaud de Saint-Jean-a" Angely .
« Tenez prête à partir pour Turbigo la division de voltigeurs de la garde avec deux compagnies du génie et deux batteries. Le général Gamou viendra à onze
heures prendre mes ordres.
« Napoléon. »
« Puis, en l'attendant, il envoie cette dépêche à l'Impératrice :
t 2 juin, 9 h. 45 matin. Novare.
ce A V Impératrice.
« Je suis à Novare depuis hier soir avec 100,000 hommes. Cette ville n'a pas été défendue. Mon armée était, il y a quatre jours, sur la rive droite du Pô, à vingt-cinq lieues d'ici. J'ai reçu le rapport de Palestro. Il prouvera que contrairement à nos ennemis, nous restons au-dessous de la vérité. Les zouaves ont pris neuf canons, fait sept cents prisonniers, dont neuf