‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 154 sur 255 · COUP DE CANON INTEMPESTIF · texte numérisé non relu

COUP DE CANON INTEMPESTIF

dans des nacelles ; ils débarquent et disparaissent derrière les bosquets : pas de coups de fusil. La rive lombarde est décidément déserte : on ne disputera pas le passage du fleuve.

Sur la berge, les voltigeurs se forment en ligne au fur et à mesure de leur arrivée, et l'artillerie doublant leur colonne qui ondule sur la route, passant dans les blés ou sur la lande, en soulevant des flots de poussière, débouche au galop pour se mettre en batterie à droite du groupe des généraux qui, leur lorgnette en main, se félicitent de l'absence de l'ennemi.

Un coup de canon... puis un second... Les Autrichiens apparaissent donc? Et les généraux de chercher d'où partent les coups. Ge sont nos batteries qui ont tiré. C'est un cri de fureur dans tout l'état-major. « C'est à faire fusiller l'animal qui a donné l'ordre de tirer » , crie le colonel Besson, chef d'état-major du général Camou. En même temps le général Lebœuf, avec son exubérance ordinaire : « Nous avions la chance de ne pas trouver l'ennemi et ils l'appellent! » A la fois partent deux ou trois officiers criant : « Cessez le feu ! » Au milieu de l'agitation et du bruit, le général Camou, très calme, apaise les colères.

Le fait n'eut pas de conséquence et à sept heures du soir une brigade de voltigeurs occupait Turbigo : nous avions pris pied en Lombardie.

Napoléon III, après avoir, à onze heures du matin (2 juin), remis ses instructions au général Camou, écrit au général de Mac-Mahon de s'avancer sur la grande route de Milan jusqu'à Trecate, et d'arrêter les Autrichiens s'ils remontent au nord pour troubler le pasiii. 22

sage à Turbigo; puis il envoie cette lettre au Roi, dans laquelle il expose ses idées :

« 2 juin.

« Monsieur mon Frère,

« Votre Majesté sait que j'ai occupé hier Novare avec toutes mes forces. Les Autrichiens ne paraissent pas en force de l'autre côté du Tessin.

« J'ai fait jeter un pont à Turbigo, mais je n'en ai pas encore de nouvelles.

« Voici maintenant ce que je voudrais que fît Votre Majesté :

« 1° Faire filer, dès ce soir, tous les bagages, tous les approvisionnements, sans exception, par Casalino et Gameriano sur Novare;

« 2° Quand tous les bagages seront partis, attaquer et prendre Robbio ;

« 3° Avoir des voitures prêtes pour envoyer tous les blessés à Vercelli ;

« 4° Évacuer immédiatement Robbio pendant la nuit et se diriger avec toutes les forces piémontaises et françaises sur Novare. Faire jalonner d'avance cette route par des cavaliers ; dès que les troupes françaises et sardes seront arrivées à Novare, nous nous porterons à marches forcées sur Milan ;

« 5° Entre Robbio et Palestro, il faudrait faire sauter tous les ponts et, au dernier moment, prévenir à Vercelli qu'on pourrait être inquiété pendant plusieurs jours (quoique je ne le croie pas) . Pour faciliter le mouvement, je ferai une démonstration demain du côté de Borgo-Lavizzaro .

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