‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 155 sur 255 · LE SOMMEIL DU ROI · texte numérisé non relu

LE SOMMEIL DU ROI

« Je prie Votre Majesté de communiquer cet ordre au maréchal Canrobert, et de recevoir, etc.

« Napoléon. »

Le maréchal Canrobert n'a pas attendu pour pousser des reconnaissances sur Robbio. A quatre heures du matin, la division Renault s'est déployée et a été tâter les Autrichiens qu'elle a trouvés occupant cette ville. Quant au Roi, ennuyé de demeurer immobile à Palestro, il s'est rendu chez le maréchal Canrobert dans la matinée. Là, assis dans un jardin sous de grands ormes, il devise de la situation et se trouve d'accord avec le maréchal sur la nécessité de rejeter immédiatement l'ennemi dans le Tessin ; aussi peste-t-il tant et plus contre l'inaction où demeure l'armée. Après avoir déjeuné en compagnie du maréchal, il s'étend sur le gazon, à l'ombre d'un vieux mur moussu et couvert de plantes, et s'endort profondément, la tête dans son coude replié, sans s'inquiéter du bruit et du mouvement continuel qui se font autour de lui.

Subitement, le jardin est envahi par des gens du pays ; il en vient et il en vient toujours : on ne peut plus se remuer... Le Roi se réveille, et les paysans l'entourant se mettent tous à parler à la fois avec force gestes, au grand ébahissement du maréchal qui ne saisit pas cette pantomime; à voir chacun de ces paysans se démenant comme un pulcinello en scène, on croirait assister à une comédie-bouffe.

Ces braves gens, habitants de Robbio, n'ont pas perdu une minute pour venir annoncer au Roi le départ des Allemands de leur ville. « C'est l'occasion ou jamais de

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changer leur retraite en déroute et de passer le Tessin à leurs trousses » , dit le Roi au maréchal. A ce moment même arrive la lettre de l'Empereur qui prescrit le contraire. Après en avoir référé au maréchal Ganrobert, le Roi écrit à l'Empereur pour l'aviser de la retraite de l'ennemi et lui demander si cette nouvelle ne lui fait pas modifier ses projets. Mais l'Empereur confirme sa lettre par cette dépêche :

« 6 heures 55 soir.

« L'évacuation de Robbio rendrait possible* ce soir même, pour les bagages, le mouvement expliqué dans ma lettre. »

Cependant l'Empereur se laisserait-il fléchir un moment, et viendrait-il à suivre les avis du Roi? C'est possible, car comment expliquer cet ordre envoyé dans la soirée au général Niel d'aller sur Vespolate, c'està-dire sur les Autrichiens? Cette intention est de courte durée car, à dix heures du soir, une estafette porte au général Niel ce billet laconique : « Le mouvement ne s'exécutera pas. »

L'abandon de Robbio fait penser à l'Empereur que le pont de San Martino et son avancée doivent être aussi abandonnés; il en prévient dans l'après-midi le général de Mac-Mahon en lui ordonnant d'envoyer à la fin de la nuit des reconnaissances jusqu'au Tessin ; mais à minuit un contre-ordre lui prescrit d'abandonner sa position et de remonter à Turbigo pour y passer le fleuve. A une heure et demie, nouveau contreordre : la division La Motterouge se rendra seule à Turbigo; la division Espinasse ira, vers sept heures du

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