LE PONT DE MAGENTA
soir, reconnaître l'état dans lequel se trouve le pont de San Martino.
Â.u crépuscule, la division se met en marche. D'abord les zouaves (2e régiment), puis la légion étrangère, puis les 70e et 72e de ligne en deuxième ligne.
Les zouaves se trouvent bientôt en présence d'une redoute de 1,000 mètres d'étendue, barrant la route; ils ne distinguent ni mouvement, ni bruit. Ils s'approchent : toujours rien. Ils entrent dans l'ouvrage : il est désert et sept pièces d'artillerie y ont été abandonnées. Un quart d'heure après, les zouaves, qui ont continué, descendent au grand pont de pierre sur lequel ils s'engagent.
Les deux dernières arches, sous lesquelles la mine a joué la veille à six heures, se sont affaissées en tombant l'une sur l'autre, et le tablier du pont à cet endroit est sensiblement abaissé et rétréci ; mais, comme il n'est ni crevassé ni interrompu, les piétons peuvent encore y passer avec précaution.
Les zouaves le franchissent et pénètrent dans deux petites maisons qui sont à son extrémité.
Arrivés là, ils examinent le pays. Devant eux, le terrain s'étend en pente douce, couvert d'un mur d'arbres et d'arbustes touffus que coupe la route toute droite entre deux rangs de bornes qui, à l'œil, vont en se rétrécissant.
En haut, à 5 kilomètres sur la ligne d'horizon, de grandes maisons blanches se détachent sur le bleu du ciel. Près de ces maisons qui forment le village de Ponte-Nuovo, on distingue sur la route un mouvement de troupes.
A. deux kilomètres au delà de ces maisons se trouve
342 CA1NR0BERT.
Magenta que les zouaves ne peuvent apercevoir. Dans le fond de la vallée à un kilomètre et demi vers la gauche, ils voient le clocher de Buffalora, tandis que les arbres leur cachent les maisons et l'église de Ponte-Vecchio, à 3 kilomètres à gauche,
Le Naviglio Grande, canal profond, aux berges raides, coule sur la ligne de la crête qui ferme l'horizon, passant à Buffalora, Ponte-Nuovo et Ponte- Vecchio.
Le général Espinasse, avisé que le pont est encore utilisable, place en grand'garde la compagnie du capitaine Vincendon sur la rive lombarde et maintient en Piémont le reste du régiment; puis il charge le capitaine Broyé de prévenir le général de Mac-Mahon et l'Empereur que le passage est praticable pour l'infanterie, surtout après quelques réparations sommaires.
Cependant rien ne bouge : les zouaves du capitaine Vincendon prennent des oignons et des poulets, et font la popote; moins bien partagé, le reste du régiment forme les faisceaux et ne prend que du café.
A neuf heures, un officier d'ordonnance de l'Empereur apporte un billet au général Espinasse, lui donnant ordre de partir de suite rejoindre la division La Motterouge à Turbigo, où elle passera le Tessin. Cet ordre, pense le général Espinasse, a dû être envoyé par l'Empereur avant qu'il ait été informé de la conservation du pont, et il répond au porteur qu'il attendra un nouvel avis avant d'obéir.
A onze heures, des habits blancs sont visibles au haut de la route. Le général de Gastagny passe le pont au galop et, en jurant, fait exécuter un feu de peloton à la compagnie Vincendon. Un mouvement se produit