BONAPARTE ET DESIREE CLARY
dire : « Dans un bon ménage, il faut que l'un des « époux cède à l'autre. Toi, Joseph, tu es d'un carac- « tère indécis, ainsi que Désirée. Au contraire, Julie et « moi nous savons ce que nous voulons. Tu feras donc « bien d'épouser Julie ; et moi, ajouta-t-il en prenant « Désirée sur ses genoux et enlaçant sa taille de ses « bras, j'épouserai Désirée, n'est-ce pas? »
a Julie fut au comble de la joie, et Désirée se donna entièrement à son nouvel amoureux.
« Le mariage de Joseph et de Julie se fit immédiatement. Celui de Désirée, en raison de son âge, dut être différé, et Bonaparte fit une cour assidue à sa fiancée. Tous les jours il venait chez Mme Clary, et souvent dans la journée il se promenait avec Désirée qui était ravie.
« Les événements vinrent troubler les deux amoureux : Napoléon arrêté et jeté en prison fut relâché, mais privé de son grade; c'était son avenir perdu, et son état précaire ne lui offrait plus que la misère en perspective.
a Désirée, sincèrement éprise, s'attacha davantage à lui dans son malheur.
« De son côté Bonaparte, résolu à ne pas demeurer sous le coup des injustices dont on l'accablait, décida d'aller à Paris réclamer auprès des gouvernants.
« Au moment de se séparer, les deux amoureux se revirent plus fréquemment et plus longuement. Ils passaient leurs journées ensemble en promenades sur les bords de la mer, devisant de choses qui leur étaient chères, parlant de leurs projets et de leurs désirs, et tous les soirs ils se retrouvaient chez Mme Clary. Ils fixèrent alors la date de leur mariage pour le retour de
Bonaparte à Marseille, qui devait avoir lieu dans l'automne, en 1795.
« Avant de partir, ils échangèrent des serments de fidélité perpétuelle et la promesse mutuelle de s'écrire souvent; Désirée, pour lui donner une preuve de son attachement, changea son nom en celui d'Eugénie qu'il préférait et qu'elle ne devait porter que pour lui.
« Le 22 avril 1795, Bonaparte prenait la diligence de Paris, et la correspondance entre eux commença presque aussitôt. Désirée mit tout son cœur, tout le meilleur d'elle-même dans ses lettres. Elle s'y montra amante naïve, mais ardente, disant tout ce qu'elle pensait et ressentait sans affectation aucune. Elle faisait d'abord des brouillons qu'elle recopiait. Ce sont ces brouillons, d'une petite écriture serrée et allongée et dont l'encre est devenue jaune, que la Reine me montrait.
« La première de ces lettres est ainsi conçue :
« Tu aurais pu écrire deux mots à ta bonne petite « Eugénie qui, depuis ton départ, est dans la plus « grande tristesse, qui n'a pas de repos, à qui tout « déplaît, que tout inquiète loin de son ami qu'elle « aime bien. Tu sais combien je t'aime? Mais je ne « saurais jamais te le dire aussi bien que je le sens. « L'absence ne fait rien au sentiment que tu m'as « inspiré. Mon existence esta toi. »
« Quelques jours plus tard, elle commence à craindre que les distractions de Paris n'entraînent Napoléon : o J'espère que les plaisirs bruyants de ce pays ne « te feront pas oublier ceux si paisibles de Marseille, « et que tes promenades au Bois de Boulogne avec