LE PONT DE SAN MARTINO
L'Empereur, aux ordres écrits qu'il envoie au Roi et au général de Mac-Mahon, enjoint un verbal au général Lebœuf : demain, il repliera les ponts de Turbigo après le passage de l'armée sarde — vers midi, estimet-il — et il les rétablira le plus vite possible à San Martino.
Un peu après, Napoléon III réfléchit que, sans attendre les ponts de bateaux, on pourrait, au moyen de réparations sommaires, rendre praticable à l'artillerie le pont de pierre de San Martino et il prie le général Frossard d'envoyer un officier pour l'examiner.
Le capitaine Goste est aussitôt réveillé : « Vous allez partir à cheval à San Martino, lui dit le général Frossard; vous trouverez les grenadiers de la garde à Trecate. Vous en prendrez quatre avec vous et vous vous avancerez sur le pont qui était abandonné hier soir. Vous l'examinerez et me ferez un rapport sur son état. Soyez rentré avant six heures. »
A Trecate, les grenadiers n'ont rien vu; le capitaine Goste en prend quatre et pénètre avec eux dans la redoute abandonnée et arrive au pont où il trouve même solitude. Il fait déjà jour : aussi peut-il se livrer à son travail. Le tablier du pont, au-dessus des deux dernières arches, a subi une dépression de lm,80, a perdu son parapet et est réduit à un passage de 3 mètres de
rédiger l'histoire officielle de la campagne, prêta à Napoléon des conceptions tout à fait différentes de celles qu'il avait eues, ce qui obligea l'Empereur à faire des corrections au texte de la relation officielle et à développer, dans une lettre, l'idée que nous venons de reproduire.
Le colonel Saget ayant basé son récit sur le fait qu'une attaque des Autrichiens sur Novare n'était plus possible, Napoléon écrivit en marge : « C'est, au contraire, l'incertitude qui a duré jusqu'au 4 qui m'a empêché de porter toutes mes forces sur la rive gauche du Tessin. »
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large. Les fourneaux de mine ont en plus creusé de grands trous. On les a bouchés avec des fagots, on a adouci les rehauts de l'affaissement et mis des volets de maisons en guise de dalles sur les parties les plus abîmées.
Ainsi renseigné, le capitaine est de retour avant six heures, et déjà l'Empereur a rédigé Tordre général qui complète ceux envoyés au Roi et au général de Mac-Mahon pour la formation de sa ligne de bataille de Novare à Magenta.
« A dix heures, disait l'ordre général, les grenadiers passeront le pont de pierre de SanMartino pour donner la main, à Buffalora, aux troupes du général de Mac- Mahon. Le corps du général Niel les remplacera à Trecate; le corps du maréchal Baraguay-d'Hilliers prendra les bivouacs du général Niel. Le maréchal Ganrobert restera à Novare avec la cavalerie; il enverra, à neuf heures, une brigade garder les ponts de Turbigo après le passage du Roi. »
Quand le maréchal Ganrobert reçoit cet ordre, il est tout étonné de voir que la moitié de l'armée demeure en place. Il va chez l'Empereur qu'il trouve fort impressionné par des dépêches diplomatiques de Pétersbourg et de Berlin. Le maréchal montre à Napoléon III l'armée autrichienne entièrement réunie sur la rive gauche du Tessin ; il faut donc y transporter la totalité de son armée; sinon, il exposera le 2e corps et l'armée royale à recevoir tout l'effort des Autrichiens, sans que ses trois corps restés autour de Novare puissent venir à son secours. L'Empereur ne répond rien, ce qui, chez lui, est le signe d'une décision irrévocable, etle maréchal se retire. Mais, une heure après, le général Frossard vient annoncer à l'Empereur que le capitaine Goste,