LES GRENADIERS AU TESSIN
offre un aspect pittoresque à l'artiste, mais elle suspend tout mouvement de troupes.
Gomment le chef d'état-major ou le prévôt du 4e corps ne mettent-ils pas de l'ordre dans ce fleuve de voitures? Gomment ne le font-ils pas écouler par la voie du chemin de fer, afin de laisser aux troupes la grande route?
Les grenadiers, qui se sont mis en marche à huit heures, parviennent au pont de San Martino à dix heures. En face d'eux, sur la route qui s'élève toute blanche et toute droite en coupant la verdure des taillis, ils voient reluire des baïonnettes : « C'est Mac- Mahon » , se répètent-ils avec assurance.
A onze heures, le général Regnaud de Saint-Jeand'Angely, commandant la garde, parvient à son tour au Tessin. En quittant, il y a une heure, le jardin débordant de fleurs où ils avaient passé la soirée, les jeunes officiers de son état-major ont emporté des bottes de roses et en ont orné leurs fontes et leurs tuniques, et ils s'engagent ainsi fleuris sur le pont, derrière leur général. « Il est onze heures un quart et nous passons la frontière, m dit l'un deux en tirant sa montre. A mesure qu'ils avancent, ils distinguent mieux les troupes à l'horizon. « C'est Mac-Mahon, pour sûr, » répète-t-on encore, mais avec moins d'affirmation. Bientôt il n'y a plus de doute : le soleil fait ressortir les habits blancs. Ce sont les Autrichiens. On distingue sur la route, à son point culminant, deux pièces qui se mettent en batterie, la fumée s'élève : « C'est la fête qui commence, » dit un officier. Le général Regnaud de Saint-Jean-d'Angely, toujours sévère, se retourne, dressé sur ses étriers et fixant son état-major. «Silence,
messieurs... et puis, retirez ces fleurs. » Et au même moment un boulet parti de la crête emporte la tête du dernier grenadier du bataillon, à gauche de l' étatmajor.
Pour répondre à cette canonnade, les grenadiers s'avancent, précédés de tirailleurs. Il est midi et Napoléon III, qui est monté à cheval à Trecate, arrive en vue du Tessin.
Rendu impatient par ce combat auquel il ne s'attend pas, il part au galop, franchit le pont, gravit les premières pentes de la rive opposée, ordonne de faire rompre le combat et pendant une heure, tout rentre dans le silence.
A une heure et demie, on entend le canon vers la gauche : cette fois, c'est bien le général de Mac-Mahon. Il faut lui donner la main, et les grenadiers repartent de nouveau en avant. Le 3e régiment, à droite, est en colonne sur la voie ferrée; le 2e régiment, à gauche, en bataille, face à Buffalora.
Les fonds du Tessin, où ce régiment est déployé, sont tellement marécageux que les chevaux n'y peuvent tenir. Aussi, les commandants Desmé de Lisle et de Maudhuy ont-ils mis pied à terre. Leur pantalon à sous-pieds s'est même tellement englué de boue que le trouvant gênant ils l'ont retiré, et tous deux, de très beaux hommes, le bonnet à poil en tête, la grande capote noire à plastron et un caleçon blanc dans leurs bottes, marchent à douze pas en avant de leur bataillon aligné. On dirait une évocation des temps passés à les voir ainsi vêtus aller à l'ennemi sous le regard de l'Empereur. Tous deux furent tués dans la journée.
A gauche, le 3U grenadiers suit la ligne du chemin