QUE FAIT MAC-MAHON? » 3G
encore, avec son armée, sur la rive droite du Tessin. Lui, d'ordinaire si impassible, laisse voir son trouble; il appelle un officier; le commandant Schmitz se présente : « Allez trouver le maréchal Ganrobert et diteslui de venir le plus vite possible avec son corps d'armée. — Mais le corps du général Niel est plus près d'ici, observe le commandant. — Allez au maréchal Ganrobert, » répète l'Empereur au commandant qui part. Quelques minutes après, il appelle encore un autre officier; c'est au tour du marquis de Gadore, lieutenant de vaisseau, à marcher. « Cherchez le général Niel et amenez-le avec son corps » , lui dit l'Empereur qui retombe ensuite dans un mutisme complet. C'est la première bataille qu'il commande, et, pour son coup d'essai, il se trouve surpris, avec une seule partie de sa garde, un fleuve à dos.
Il comptait sur un de ses lieutenants, le général de Mac-Mahon ; il l'entendait tout à l'heure, mais maintenant il a perdu sa trace. Il mettait également son espoir dans les troupes de son allié, mais il apprend que celui-ci n'a pas exécuté ses instructions et ne paraîtra pas de toute la journée, et dans l'esprit lui vient cette idée : «Le général de Mac-Mahon, lui aussi, s'est-il arrêté? »
Dans une situation aussi délicate, il sait que le succès ou la défaite dépend de la lucidité de son esprit. C'est sa dynastie, l'avenir de son fils et, bien plus encore, l'existence de la France qu'il joue. Et puis, il pense toujours, prêt à s'apitoyer, que ses ordres, selon qu'ils seront dans tel ou tel sens, ou dans un moment plus ou moins opportun, décideront de milliers de vies humaines.
Saisi par une si grande responsabilité, il hésite au point de ne rien décider. Immobile, l'air effaré, le regard fixé du coté où il a entendu le canon, il n'est plus que la figuration du commandement. Ceux qui l'entourent en sont frappés. Il n'y a rien à attendre de lui, chacun doit faire de son mieux et ne s'inspirer que de ses idées. C'est ce que pensent à la fois le général Lebœuf et le général de Marti mprey.
Le général Lebanif va s'occuper de mettre le pont en état de permettre à l'artillerie, qui est arrêtée sur la rive droite, de passer; puis il ira sur le champ de bataille et partout où arrivera un canon on le verra se multiplier pour diriger le feu et encourager les canonniers.
Le général de Martimprey se décide à prendre en main la direction du combat, et jusqu'à l'arrivée du maréchal Ganrobert on le trouvera aux points les plus menacés, ralliant les défaillants, donnant la direction aux arrivants, et mettant un peu d'ensemble dans le décousu du combat, où, sans lui, chaque unité livrée à elle-même serait complètement désorientée.
Peu à peu des officiers de l'état-major arrivent les uns après les autres : après le général Lebœuf c'est le général Frossard avec l'état-major du génie ; puis les colonels Castelnau, Tripart, Toulougeon et d'autres. A peine sur le terrain, le général Fleury les met au courant et ils repartent pour s'informer, pour apprendre quelque chose du général de Mac-Mahon ou des corps restés sur la rive droite. Voilà encore un officier au costume sombre, sans insigne : on reconnaît le comte Vimercati. Il est envoyé par le maréchal Ganrobert. n Pourquoi le maréchal ne vient-il pas ? » Le comte Vimercati explique que le maréchal a été arrêté par