ZOUAVES ET GRENADIERS
l'encombrement des voitures dès sa sortie de Novare, et qu'il attendait sur la route avec ses troupes le moment de pouvoir avancer, ignorant qu'une action fût engagée à quelques kilomètres, lorsque des bruits de bataille ont circulé dans la colonne. Plusieurs personnes, juchées sur des tapissières, disaient apercevoir une énorme fumée du côté du Tessin; d'autres, en collant leur oreille à terre, prétendaient entendre le canon. Impatient de savoir ce qu'il en est, le maréchal l'a envoyé aux nouvelles auprès de l'Empereur. « Dites au maréchal d'arriver au plus vite » , répond l'Empereur.
Le feu, qui s'était ralenti le long du canal lors de la panique des Autrichiens, reprend maintenant; des troupes fraîches reviennent à la charge et attaquent les grenadiers. Devant la masse des assaillants, le général Regnaud de Saint-Jean-d'Angely envoie officier sur officier demander des secours à l'Empereur, et à chacun d'eux Napoléon III répond : « Je n'ai personne. »
Appelés par le général de Martimprey, les zouaves de la garde et un bataillon de grenadiers, jusque-là demeurés en réserve, s'avancent par la grande route. Un officier de l'état-major va au général Cler qui les commande et lui dit d'empêcher ses soldats d'acclamer l'Empereur qui est à une centaine de pas à droite, caché dans un massif.
Zouaves et grenadiers marchent allègrement; ils passent à hauteur de l'Empereur et disparaissent dans la fumée.
On entend un bruit de voitures et de canons au galop : c'est la batterie La Jaille qui a passé le pont;
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elle monte les pentes et elle aussi s'engouffre dans la fournaise.
De nouveau un officier de l'état-major de la garde, le capitaine Haillot, vient parler au général Fleury à voix basse. L'Empereur, le voyant, l'appelle : « Des masses autrichiennes venant du sud et remontant le cours du Tessin, dit le capitaine, menacent de nous couper du pontde San Martino. Elles sont juste dans le dos de Votre Majesté, à peut-être trois kilomètres d'ici. Je les ai parfaitement vues du toit de la grande maison blanche de la douane. » Et du doigt le capitaine désigne à droite au delà du pont le vaste bâtiment carré qui apparaît comme une grande pièce de feu d'artifice, lançant et crachant du feu et de la fumée blanche de tous côtés.
L'Empereur ne répondant rien, le capitaine Haillot s'éloigne comme ceux qui l'ont précédé.
Le feu en augmentant se rapproche du bouquet de bois où est l'état-major. L'Empereur fouille de plus en plus l'horizon pour chercher à découvrir le général de Mac-Mahon, et, par instants, il se détourne et jette un regard à gauche du côté du pont du Tessin pour voir si le maréchal Ganrobert n'arrive pas.
Un mouvement se produit au pont : une troupe à l'uniforme sombre s'y engage ; derrière elle en vient une seconde en pantalons rouges : on voit les soldats, au fur et à mesure qu'ils pénètrent de ce côté du fleuve, s'arrêter et déposer leurs sacs le long du chemin de fer. Un général avec son officier d'ordonnance se détache et se dirige vers l'Empereur qui reconnaît le généra] Picard et le capitaine Sonnois : « Et le maréchal Ganrobert? lui dit-il. — Je ne l'ai pas vu, sire. Je suis