FORAS ET L'EMPEREUR
impossible et c'est encore impossible maintenant. — C'est bien regrettable : votre armée nous eût été d'un grand secours. — Et que dois-je dire au Roi? — Vous le voyez. — Et l'Empereur montre des blessés, surtout des grenadiers, qui reviennent du combat. «Ça va mal, ça va mal » , répète-t-il en tournant sans cesse son regard du côté du nord où doit déboucher le général de Mac-Mahon.
Le capitaine de Foras est à peine parti que Ton commence à entendre le canon du deuxième corps; mais ses détonations si impatiemment attendues par l'Empereur ne changent pas son état d'esprit, et ses officiers conservent des physionomies aussi significatives que la sienne.
Heureusement le général de Martimprey donne les ordres nécessaires : il charge d'abord le capitaine Saget de dégager la grande route qui est la seule artère de la bataille, et, deux heures après, les abords du pont se trouvent libres. Puis, craignant que la bataille, dont l'issue était douteuse au moment où il l'a quittée, ne vienne à recommencer le lendemain, il prend à part le général Fleury et le prie d'écrire sur une feuille de son calepin les instructions suivantes :
« 1° Ordre de faire partir les guides et la division de cavalerie Partouneaux pour être au petit jour à San Martino ;
a 2° Ordre à l'intendant Paris d'envoyer toute la nuit des convois de vivres et d'avoine par la grande route;
« 3° Au colonel d'Ouvrier (de l'artillerie), défaire partir, séance tenante, soixante voitures de munitions d'infanterie;
« 4° Au maréchal Baraguay-d'Hilliers de se porter sur San Martino par la voie du chemin de fer ou par une route de traverse, s'il en trouve; la grande route sera réservée aux convois ;
« 5° Envoyer l'ambulance du quartier général, des médecins et des infirmiers. »
Quand le lieutenant-colonel Tripart remet ce pli, à Novare, au maréchal Vaillant, l'état-major vient d'être justement prévenu, une demi-heure avant, qu'une bataille se livre à cinq lieues delà; un certain nombre d'officiers sont montés à cheval, le maréchal Vaillant a commandé sa voiture, et le général Jarras s'est occupé de préparer l'envoi des renforts et des approvisionnements en vivres et en munitions dont on va avoir besoin. Aussi, les mesures sont-elles déjà prises; le général Jarras n'a plus qu'à s'assurer de leur exécution, et quand, à huit heures et demie du soir, il part pour le champ de bataille, il a vu défiler devant lui le convoi de vivres, les soixante voitures de cartouches, l'ambulance avec quatre-vingts infirmiers, et il a constaté la mise en marche de la première division du maréchal Baraguay-d'Hilliers, qui s'avance sans bagages par la voie ferrée.
Sur le champ de bataille, au centre de l'action, à Ponte Nuovo, depuis quelque temps déjà, les Autrichiens s'étant retirés, le général Lebœuf continue seul à tirer avec ses pièces, dans la direction de Ponte Vecchio et Magenta. Autour de lui sont le général Mazure, les capitaines Ducos de Lahitte, Peyronnet et Schneegans qui suivent les effets du tir. Tout d'un coup, l'un d'eux crie : « Arrêtez. Il y a des gens qui traversent la route près de Magenta... Ils ne sont pas en