‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 179 sur 255 · EMPEREUR ET IMPERATRICE · texte numérisé non relu

EMPEREUR ET IMPERATRICE

pereur a repris son air calme à mesure de l'arrivée des renseignements. A onze heures, il écrit cette nouvelle dépêche :

« Pont de Magenta (Tessin).

« L1 Empereur à V Impératrice.

« La bataille d'hier a été une des plus... » — L'Empereur raye cette ligne et écrit de nouveau : « Aujourd'hui, 4 juin, l'armée devait se diriger sur Milan, en passant par les ponts jetés à Turbigo et par le pont de Magenta. L'opération s'est bien exécutée ; mais l'ennemi, qui avait repassé le Tessin en grand nombre, nous a opposé la plus vive résistance. Les débouchés étaient étroits. La garde impériale a soutenu le choc à elle seule pendant deux heures.

« Cependant, le général de Mac-Mahon s" emparant de Magenta après des combats sanglants , l'avantage nous est resté.

« Les généraux de Mac-Mahon, Regnaud de Saint- J ean-d" Angely , le maréchal Canrobert et Vinoy se sont couverts de gloire.

« Nous avons eu à regretter la mort des généraux Espinasse et Gler. Nous avons, autant qu'on peut l'apprécier, deux mille hommes hors de combat. L'ennemi en a quinze mille et nous a laissé cinq mille prisonniers.

« A revoir. « Napoléon. »

Le texte au crayon paraît trop effacé au maréchal Vaillant qui le repasse à l'encre. Est-ce pour cela que le nom du général de Martimprey, que l'on s'attend à

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y lire en compagnie de ceux du maréchal Canrobert et du général de Mac-Mahon, n'y est pas?

Apportée à Novare à minuit vingt, quoiqu'elle fût transmise de suite, cette dépêche fut remise à Saint- Gloud seulement le lendemain matin, à dix heures cinquante, en même temps que la première, et l'Impératrice la modifia du tout au tout pour la faire insérer au Moniteur.

a C'est donc une victoire! écrit de son côté le général Fleury à sa femme ; mais que de larmes, que de sang! Si c'était à recommencer, je crois que l'Empereur ne le ferait pas. »

Quoique maintenant convaincu du succès, Napoléon III n'oublie pas le danger qu'il a couru et auquel il est convaincu avoir échappé grâce à l'intervention du général de Mac-Mahon. Se rappelant que le colonel de Toulougeon lui a transmis, de la part du commandant du 2e corps, la demande du grade de général de division pour le général Decaen, il charge le général de Martimprey de préparer trois décrets : le premier nommant le général Decaen général de division; le deuxième, le général de Mac-Mahon maréchal de France, et le troisième lui conférant le titre de duc de Magenta, nom que le nouveau maréchal avait, de luimême, donné à la bataille dans son rapport.

L'Empereur signa le premier décret concernant le général Decaen, et donna l'ordre de l'envoyer séance tenante au général de Mac-Mahon, et il laissa les deux autres nominations comme s'il les eût ignorées.

Sans doute il avait réfléchi qu'avant de conférer le titre de duc de Magenta, il lui fallait le consentement du Roi, son allié, et voulant remettre les deux dignités

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