ETAT-MAJOR EN GAIETE
nasse, prend sur lui de ne pas Ja communiquer.
Le général de Mac-Manon se met en marche à neuf heures et demie en tète de la division La Motterouge, accompagné du régisseur du comte Arèse, qui lui sert de guide. La route qu'il suit serpente dans un pays splendide; des bouquets d'arbres, des prairies en modifient sans cesse les aspects comme ceux d'un parc anglais. Les officiers qui suivent le général de Mac- Mahon, MM. Gampenon, Borel, d'Abzac, Broyé, d'Espeuilles, duc d'Harcourt, de Bouille et La Veuve, sont en belle humeur; ils chevauchent comme dans une partie de plaisir, fumant des cigarettes, effeuillant les fleurs qu'ils cueillent aux arbustes de la route, et entre eux se content maintes histoires joyeuses. Le général Auger, jeune de cœur et d'allure, rit avec eux, tandis que devant leur groupe exubérant le général de Mac-Mahoii comme toujours monté sur un superbe pur-sang, reste étranger à la gaieté de son état-major et insensible à la beauté de la nature. Il semble préoccupé et échange de temps en temps quelques paroles brèves avec le général Lebrun qui est à sa gauche.
On longe un vieux mur chauffé par le soleil qui émerge de hautes herbes desséchées, et des cri-cri grincent dans le bourdonnement de la chaleur.
Dans un pavillon, à l'extrémité du mur, des jeunes filles se sont réunies pour jeter des roses aux Français. Elles sourient aux officiers, les saluent en agitant leurs mouchoirs et en leur envoyant des bouquets. Aux sourires qui découvrent des dents blanches, aux regards de ces yeux noirs en amandes, les officiers répondent en adressant des baisers, des remerciements et des compliments.
Cet accès de gaieté, dans un moment qu'il juge grave, agace le général de Mac-Mahon : « Voyons, messieurs du sérieux... entendez-vous le canon?» C'étaient les premières détonations de l'artillerie autrichienne qui tirait contre les grenadiers au pont de San Martino.
Un instant après, la fusillade éclate tout près; les Autrichiens occupent le village de Casate, et ils accueillent l'avant-garde des turcos par des coups de fusil.
Le général de Mac-Mahon, pressé de donner la main aux grenadiers, envoie l'ordre d'enlever le village et de pousser de l'avant dans la direction du canon.
Le pays ne présente qu'une suite d'ondulations de verdure où l'on ne peut rien voir ; le général Lebrun propose, en conséquence, au général de Mac-Mahon de monter au clocher de Guggione qui est près de là : «Allez-y, soit; mais moi j'ai assez de l'aventure d'hier. » Et le général Lebrun monte seul avec le capitaine d'Abzac.
Pendant l'ascension, le capitaine Broyé vient rendre compte au général de Mac-Mahon de sa mission auprès du Roi. Le capitaine n'a pas trouvé Victor-Emmanuel aux ponts; il était déjà parti pour retourner à Galliate. Le capitaine a eu beaucoup de peine pour arriver jusque-là, tant la route et ses abords sont couverts de troupes et de voitures.
Étant enfin parvenu à la maison du Roi, il a été introduit auprès de lui, etil l'a trouvé sans habit, en chemise, avec un large pantalon de toile grise, prêt à se mettre à table. Avant que le capitaine eût ouvert la bouche, le Roi insista énergiquement pour qu'il restât à déjeuner