MAC-MAHON CONCENTRE SES TROUPES
avec lui; mais celui-ci, devant rejoindre au plus vite le général de Mac-Mahon, dut s'excuser.
Alors le Roi, répondant aux demandes que lui faisait le général de Mac-Mahon, s'échauffa et s'écria : « Je suis impatient de me battre... J'aime ça... Je n'attends que l'occasion de marcher au combat... Je vais faire mon possible pour soutenir votre général... Je donne des ordres en conséquence, dites-le à votre général. » Et le Roi, de la façon la plus aimable, congédia l'officier en lui exprimant encore le regret de ne pas le garder à déjeuner.
Gomme conclusion, le capitaine Broyé déclare au général de Mac-Mahon qu'il ne faut pas compter, au moins d'ici plusieurs heures, sur le concours de l'armée sarde. Il parle encore quand le général Lebrun, descendu du clocher, vient annoncer que c'est une grande bataille qui se prépare... « J'évalue à 30 ou 40,000 hommes, dit-il, les Autrichiens qui sont devant nous. » Et il insiste pour la concentration immédiate du corps d'armée avant toute opération.
Le général de Mac-Mahon hésite encore à donner l'ordre de suspendre l'attaque, quand le général Délia Rocca se présente ; il est envoyé par le Roi : « Les troupes sardes passent les ponts du Tessin ; mais elles sont arrêtées dans le défilé qui mène au pont du Naviglio. » Le Roi, en outre, prévient le général de Mac- Mahon que le corps autrichien du général Urban est signalé vers la gauche, et il conseille de le surveiller. Le général de Mac-Mahon répond à son collègue sarde qu'il demande au Roi de le faire au moins appuyer par la division Fanti, dont il a besoin comme réserve.
Prévenu qu'il ne doit plus compter sur l'armée sarde,
le général de Mac-Mahon se range à l'avis de son chef d'état-major : le général Lebrun ira au général de La Motterouge pour lui prescrire de former sa division vers la gauche en avant en bataille, et le capitaine d'Espeuilles portera au général Espinasse l'ordre de se déployer vers la droite de manière que les deux divisions se rejoignent.
Malgré l'ordre de se tenir en place qui leur est donné, les turcos qui composent l'avant-garde du général de La Motterouge poussent de plus en plus en avant. Le général de Mac-Mahon craint que par leur imprudence ils n'entraînent son corps d'armée : déjà nerveux, leur désobéissance l'irrite ; il devient pâle, et il part comme une flèche au général de La Motterouge à qui il demande sèchement pourquoi l'on n'a pas obéi à ses ordres, et sans attendre de réponse : « Faites revenir les turcos. » Le général de La Motterouge, que le combat a excité et qui se sent déjà maître de Buffalora, répond rouge de colère : « C'est vous, mon général, qui serez cause du massacre de mes tirailleurs. » — « Tant pis, répond le général de Mac-Mahon, s'ils ont les reins cassés; ce sera leur faute puisqu'ils ont désobéi à vos propres ordres. Mais je préfère encore les voir défaits que tout mon corps d'armée. »
Le général de Mac-Mahon, en vieil Africain qu'il était, savait que les tirailleurs s'en tireraient à bon compte, et il comptait sur le colonel Laure, qui les commandait, pour trouver un moyen pratique de leur faire exécuter leur retraite.
En effet, le colonel fait battre la charge à son bataillon du centre qui s'élance en hurlant, tandis que ceux des ailes se retirent; puis après quelques bonds,