‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 183 sur 255 · AU GALOP · texte numérisé non relu

AU GALOP

sur une sonnerie de clairon, le bataillon du centre, qui poussait des hourras à rendre sourd et menaçait de tout avaler, fait demi-tour subitement et détale devant les Autrichiens, qui n'en pouvant croire leurs yeux, demeurent immobiles; pas un turco n'est atteint.

Rassuré alors sur la position de la division La Motterouge, le général de Mac-Mahon va au général Caraou, et il lui dit de se former à trois cents pas en arrière du centre de son corps d'armée : « Surtout, ne bouge pas, que je te retrouve quand j'aurai besoin de toi. »

Quant au capitaine d'Espeuilles, parti ventre à terre à la recherche du général Espinasse, il tombait sur un village autour duquel étaient des individus en blanc, probablement des Autrichiens; mais, après examen, il se rendait compte que c'étaient des paysans, etgràce à eux il était bientôt en présence du général Espinasse qu'il trouvait en discussion violente avec le général de Gastagny, dont le caractère et le langage étaient peu aimables. Le général Espinasse lui fit répéter deux fois les ordres et objecta qu'il eût voulu s'emparer de Marcallo, avant d'arrêter sa tête de colonne ; mais le capitaine d'Espeuilles lui répéta que l'ordre était formel et il partit.

Le général de Mac-Mrbon, pressé de voir s'exécuter la jonction de ses deux divisions, n'attend pas le retour de son officier d'ordonnance et file ventre à terre à la recherche du général Espinasse.

Grâce au magnifique pur-sang qu il monte, il enjambe

les arbustes, franchit les fossés, saute les haies, coupe

les lianes et les fils de fer sur lesquels courent les

vignes; ses officiers et son escorte suivent du mieux

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qu'ils peuvent. Le colonel Prudon, du génie, roule à terre avec son cheval; les autres continuent. Des fantassins autrichiens, en tirailleurs dans les taillis, à la vue de cette chevauchée infernale, se croient déjà morts, et tendent leur fusil en demandant grâce. Le général ne s'en inquiète et continue. Des hulans sont signalés; l'escorte sous les ordres du lieutenant Dubouchet les charge et ils ne reparaissent plus.

A Marcallo, le général de Mac-Mahon trouve le général Espinasse dans la grande rue, à pied, la tunique déboutonnée, dirigeant un groupe de chasseurs. Les deux généraux causent, l'escorte à distance; le général Espinasse explique qu'il n'a pas pu exécuter son mouvement de déploiement avant d'avoir pris Marcallo et que déjà ses troupes se forment vers sa droite. Il est interrompu par ce cri : « Voici les uhlans! »

Mais l'alerte est de peu de durée et, assuré que la jonction de ses deux divisions va s'opérer, le général de Mac-Mahon repart rejoindre le centre de sa ligne.

Combien il était sage d'agir comme il l'a fait!

L'aile droite du général Espinasse, composée du 2e zouaves, atteint la briqueterie de Roccolo et s'y installe, lorsqu'elle aperçoit, à travers les taillis, une colonne autrichienne qui cherche à pénétrer dans l'espace encore vide entre les deux divisions. Le général Espinasse, prévenu, recommande aux zouaves le silence, laisse la colonne les dépasser, puis il lève son sabre, et crie de façon à être entendu de tous : a F -les c. . pardessus tête! » Les zouaves, d'un seul bond, tombent sur les Autrichiens qui ne sont prévenus de leur présence que par les coups de baïonnette. Pas un coup de fusil : un cliquetis, le bruit sec du choc de l'acier et

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