‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 186 sur 255 · MORT DU GENERAL ESPINASSE · texte numérisé non relu

MORT DU GENERAL ESPINASSE

pant le long des murailles, et atteignent déjà la place à arcades que traverse la grand'rue.

Le général Espinasse, à pied, est au milieu de la chaussée quand, des soupiraux, des fenêtres, des toits, partent des coups de feu répétés. Le général Espinasse remarque surtout une maison badigeonnée en rose avec des volets verts et dont la porte cochère est surmontée d'une enseigne peinte qui se balance au-dessus dune potence historiée en fer forgé. Il se retourne; le capitaine d'Ornant, son aide de camp, est à cheval à côté de lui avec son officier d'ordonnance, le sous-lieutenant Froidefond, un superbe carabinier, et, à quelques pas, une compagnie de zouaves forme une masse compacte. S'approchant de la maison rose, d'où sont partis les coups de feu, et, frappant la porte du pommeau de son épée, il appelle la compagnie de zouaves : « Enfoncezmoi ça! » Une décharge part de derrière l'un des volets verts du rez-de-chaussée. Le général pousse un grand cri, jette son épée à terre, porte la main à la ceinture, tourne à moitié sur lui-même, plie les genoux en chancelant, puis tombe comme une masse. Le cheval du capitaine d'Ornant a la jambe brisée; mais le capitaine a le temps de sauter et relève son général qui a les yeux grands ouverts, vitreux, sans vie, effarés.

Il respire encore; on lui parle, il ne répond pas. On entend, à côté, un cri strident qui domine la fusillade. Le sous-lieutenant Froidefond jette son sabre en l'air et tombe en se roulant dans la poussière; il a un ou deux mouvements nerveux; puis il demeure immobile, mort, immense dans son habit bleu de ciel à longues basques.

Le général Gastagny, qui est accouru, crie aux

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zouaves : « Vengez-les! » Le colonel Tixier veut inutilement enfoncer la porte. Alors, entraînant les zouaves dans une ruelle voisine, il pénètre par des jardins de derrière jusqu'à la maison rose où il trouve cent cinquante Tyroliens qui se rendent.

Le capitaine d'Ornant, aidé de plusieurs légionnaires, emporte le corps du général Espinasse jusqu'à la cabane du garde-barrière où un chirurgien constate qu'il est mort.

Les zouaves et les légionnaires ont continué d'avancer. Un de leurs bataillons prend à gauche et à revers les maisons; une compagnie de ce bataillon, grâce à son commandant, le capitaine suédois Lilliehooek (du régiment de West-Gotha-Dah) , en stage dans le régiment, fait un grand nombre de prisonniers. A tous les Autrichiens qu'il rencontre, le capitaine Lilliehôock parle dans leur langue et les persuade de mettre bas les armes. Quelques jours après, l'Empereur le nommait chevalier de la Légion d'honneur.

Il est huit heures et le jour baisse rapidement. Le général de Mac-Mahon, sur la levée du chemin de fer, assiste à la fin de la lutte quand le général Fanti le fait prévenir que son avant-garde n'est plus loin du champ de bataille. Il cause encore avec l'envoyé du général sarde, lorsque le commandant Schmitz se présente. Il est venu par Turbigo. En passant le Tessin, il a vu les soldats italiens qui faisaient la soupe, tout joyeux du bruit des canons qui tonnaient en faveur de leur indépendance, et ils répondaient à chaque détonation par des cris de : « Vive l'Italie! vive l'indépendance! » Le général de Mac-Mahon lui fait le récit sommaire de l'action. Le commandant se fait répéter

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