‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 187 sur 255 · L'EMPEREUR VA ÊTRE BIEN CONTENT · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR VA ÊTRE BIEN CONTENT

deux fois plusieurs détails et, remontant à cheval, repart auprès de l'Empereur.

Le feu ayant cessé, le général de Mac-Mahon se rend clans le village et ordonne le placement des grand'gardes et prescrit l'établissement dune ambulance dans l'église, dont il fait enlever et mettre à l'abri tous les objets du culte.

En retournant au chemin de fer, qui est le point d'où l'on voit le mieux les alentours, il rencontre le colonel de Toulougeon, tout ébahi de se trouver au milieu d'une victoire. A sa demande, le général de Mac-Mahon dicte un rapport au duc d'Harcourt, qui écrit sur ses genoux, assis sur un tambour de voltigeurs.

« L'Empereur va être bien content, dit le colonel de Toulougeon. Lorsque je l'ai quitté, on étudiait les moyens de faire venir des renforts de partout. » Quand il prend congé du général de Mac-Mahon : a Par où passez-vous? lui dit celui-ci. — Par Turbigo. — C'est inutile, le pont de Buffalora est rétabli. Vous pouvez aller directement à San Martino ; puis insistez auprès de l'Empereur pour que Decaen soit nommé à la place laissée vacante par la mort du général Espinasse. »

Les divisions Espinasse et La Motterouge s'établissent dans la ville, la division Fanti et les voltigeurs auprès du chemin de fer et l'artillerie, à droite, relie le corps d'armée aux grenadiers qui se sont avancés à michemin de San Martino à Magenta.

Le quartier général demeure sur la voie du chemin de fer entre les voltigeurs et les Sardes. On allume un grand feu au milieu de la voie et le général de Mac- Mahon cause avec les généraux Gamou et Decaen et le colonel Du Bos.

410 CANKOBEUT.

Passe un voltigeur avec deux bidons pleins : « Qu'est-ce que vous avez là? lui demande le colonel Du Bos. — C'est du vin, mon colonel. Il y en a dans des caves abandonnées. » Le colonel commande une corvée pour aller en chercher et les généraux soupèrent, ce soir-là, en trempant des biscuits dans une gamelle de vin de Lombardie, souper qui leur parut plus agréable que ceux du Café Anglais ou de Voisin.

Il n'y eut aucune alerte, et le sommeil des combattants ne fut troublé que par l'explosion de plusieurs fusées que des voltigeurs avaient prises et ramassées, dans l'obscurité, pour des morceaux de bois mort et qu'ils avaient jetées dans leurs feux.

A. San Marti no, autour de l'Empereur, la certitude de la victoire avait ramené la gaieté et l'appétit : on avait ouvert les fourgons et l'on en tirait des victuailles de toutes sortes, que généraux et officiers dévoraient à belles dents : c'était à qui des arrivants, de plus en plus nombreux, attraperait un morceau. Les flammes des grands feux de sarments secs éclairaient par endroits des parties de cette foule et en laissaient d'autres dans les ténèbres. Des troupes défilaient toujours sur la route ; elles passaient devant ce spectacle, tout ahuries, et disparaissaient dans la nuit pour s'engager sur le pont. La division Bourbaki, qui débouchait en ce moment, cheminait depuis huit heures et demie dans une obscurité profonde, car le ciel qui s'était couvert à la chute du jour commençait seulement à s'éclaircir : à chaque pas, des voitures arrêtées, des cacolets et tous ces convois qui reviennent dune bataille, suspendaient encore, même à cette heure tar-

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