UN DRAPEAU PARLEMENTAIRE
en conduisant une charge célèbre, à Mouzon. Le capitaine de Contenson, avec son escadron et celui du capitaine de Roquefeuille, galopèrent à qui mieux mieux et atteignirent, dans la soirée, l'arrière-garde du général Urban qui avait doublé son étape.
Ils sont seuls, avec 200 cavaliers éreintés, en présence de 12,000 fantassins. Ils paient d'audace. Ils arborent un mouchoir blanc et ils se présentent en parlementaires. Ils se font conduire au général et le somment de se rendre en lui racontant, comme il est d'usage en pareil cas, force rodomontades.
Le général Urban, qui n'était pas un novice, le prend de très haut et répond que s'il n'avait pas affaire à deux officiers français, il les ferait fusiller pour s'être permis une pareille inconvenance.
Les chasseurs d'Afrique sont donc contraints de demeurer en place, et le général Urban et ses soldats détalent de plus en plus vite.
Le Roi, avec la division Fanti d'un autre côté, et le maréchal de Mac-Mahon, avec un régiment de chasseurs et la division Decaen, tous deux prévenus par l'Empereur, courent, mais de très loin, après le général Urban.
Le Roi, impatient, pousse ses soldats qui n'en peuvent plus. Un moment, agacé de ne pas atteindre cet ennemi qui s'éloigne comme un mirage dans le désert, il part seul en tête, au galop; mais au bout de quelque temps il revient à son avant-garde et, le soir, il doit s'arrêter à Garbagnate, sans avoir atteint personne.
Là, le Roi apprend la tentative des capitaines de Contenson et de Roquefeuille, leur insuccès et la dis-
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parition définitive du général Urban et il en éprouve un profond dépit.
Le maréchal de Mac-Mahon se trouve, à la nuit, à San Pietro l'Olmo. Quant au général Desvaux, il marche jusque passé minuit et bivouaque sur la route de Milan à Mezzo, au delà de Rho. Après être arrivé à Magenta vers six heures du soir, il avait envoyé un de ses officiers, le capitaine de France, à la recherche du général Fanti, — car il ignorait que le Roi s'était mis lui-même à la tête de la poursuite, — pour le prévenir que la division de chasseurs d'Afrique double l'étape afin de le rejoindre et pour s'assurer du point où devra s'opérer cette jonction.
Le capitaine, conduit par un paysan, entend vers dix heures du soir, des voix devant lui. Ce sont des cavaliers qui crient : Evvivaï On se reconnaît, ils font partie de la garde nationale à cheval de Milan; ils viennent au-devant des alliés et ils s'offrent pour conduire le capitaine auprès du général Fanti, qui s'est arrêté à Garbagnate. Il peut être minuit; le capitaine est introduit dans la salle basse d'une auberge où il trouve le général Fanti buvant une tasse de bouillon. Il lui demande s'il s'arrête cette nuit ou s'il continue. Les troupes sonttrop fatiguées : il faut les laisserreposer. Donc le général Desvaux pourra le trouver ici même, au lever du jour. En effet, à six heures du matin, les deux généraux avaient une conférence, et le général Fanti faisait savoir au général Desvaux que l'ennemi avait bivouaqué à Seriano, point beaucoup trop éloigné pour qu'on put espérer le joindre. Alors le général Desvaux se rendit auprès de l'Empereur, qui l'accueillit avec froideur.