‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 198 sur 255 · MÉCONTENT DU GÉNÉRAL DESVAUX · texte numérisé non relu

MÉCONTENT DU GÉNÉRAL DESVAUX

Le Roi était demeuré convaincu que les capitaines de Gontenson et de Roquefeuille s'étaient laissés amuser par le général Urban, qui les avait fait causer pour prendre le temps de gagner de l'avance; et peut-être n'était-il pas fâché de riposter aux reproches que lui avait adressés l'Empereur le lendemain de Magenta. Toujours est-il qu'il envoya le capitaine de Robilant demander des explications au quartier général sur les pourparlers engagés par les deux capitaines.

Le comte de Robilant trouva Napoléon III couché à Magenta. Napoléon ignorait encore ce qui s'était passé et il ne put donner aucune explication, sinon assurer qu'il n'avait autorisé aucune négociation avec l'ennemi.

De ce jour, l'Empereur demeura donc prévenu contre le général Desvaux; on le lui avait toujours représenté comme un esprit indépendant et professant ouvertement des idées républicaines, mais aussi comme un officier de cavalerie hors ligne : c'était, au dire de plusieurs intimes de l'Empereur et particulièrement de Mme Cornu, un nouveau Murât ou un nouveau Lasalle. L'équipée de la poursuite du général Urban lui valut d'être déboulonné du piédestal sur lequel on l'avait monté : « On m'avait dit beaucoup de bien du général Desvaux, écrit l'Empereur à Mme Cornu; je lui avais donné le principal commandement de cavalerie (les chasseurs d'Afrique) il a été fort médiocre. C'est un bon général d'Afrique. »

Aussitôt l'impossibilité d'atteindre le général Urban reconnue, le 2e corps se dirigea sur Milan.

NapoléonIer, après les batailles d'Iéna etd'Auerstaedt,

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avait voulu réserver au corps du maréchal Davout d'entrer le premier de la Grande Armée à Berlin. Ainsi Napoléon III désigna le corps du maréchal de Mac- Mahon pour pénétrer avant tout autre, avant lui-même, dans la capitale de la Lombardie.

Dans Tordre de bataille, les turcos auraient dû défiler en tête du corps d'armée ; mais le maréchal crut prudent de placer avant eux un régiment français, et ce fut le 45e qui prit la tête de colonne, le 7 au matin, ayant, comme guide de droite du peloton de tête, un homme superbe, le caporal Ghevrillon, depuis tambour-major de la garde républicaine.

Sapeurs, tambours et musique se présentèrent vers sept heures à la porte Vercellane.

Derrière les gros cuivres à large embouchure, le maréchal de Mac-Mahon venait sur un pur- sang alezan, ayant à sa droite le général Lebrun, à sa gauche le général Auger, puis son état-major, les commandants Gampenon et Borel, les capitaines Broyé, d'Abzac, d'Espeuilles, La Veuve, Grévy et le duc d'Harcourt. Depuis le soir de Magenta la grande cité bouillonnait. Ses habitants, débarrassés des Autrichiens, avaient arboré partout des drapeaux et se promenaient en masse dans les rues, criant : « Vive l'indépendance! » Personne n'était prévenu de l'arrivée des troupes ou des souverains, et cependant à peine les sapeurs du 45* eurent-ils franchi la porte que la foule sortit de terre. Bientôt elle fut si compacte que la colonne dut s'arrêter faute de pouvoir faire une trouée dans cette mer humaine. Sapeurs, tambours, musiciens et état-major étaient cernés, pressés comme dans un étau par un peuple en délire.

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