‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 199 sur 255 · METS L'ENFANT SUR TA SELLE · texte numérisé non relu

METS L'ENFANT SUR TA SELLE

C'étaient des cris de joie à assourdir, et une pluie Ho fleurs à être noyé sous les roses. Et toujours la io ..j augmentait et le délire aussi.

Le pur-sang du maréchal commençait à s'exciter et son cavalier avait une peine énorme à le maintenir. Il redoutait qu'un mouvement nerveux du cheval ne causât un accident. La poussée était si forte qu'une femme du peuple, avec la coiffe blanche sur les bandeaux noirs, n'en pouvant plus, et pensant se trouver mal, jeta son enfant au maréchal. Celui-ci, malgré sa surprise, eut la présence d'esprit de saisir au vol le bébé, de le placer sur ses fontes après l'avoir embrassé sur les deux joues.

Alors la joie devint encore plus exubérante, le déluge de fleurs plus dru et les cris plus assourdissants.

Une Anglaise, miss Browning, qui se trouvait là mêlée à la foule, a depuis fait une poésie sur cet incident :

Tahe up the C/uld, Mac-Mahon.

Arrête-toi à la porte de la cité de Milan. Mets l'enfant sur ta selle. Laisse-toi toucher par son sourire doux comme une fleur nouvellement éclose, et brillant comme une étoile...

Après un moment donné à l'enthousiasme, la foule dut s'ouvrir et laisser passer les Français.

Le parcours se continua au milieu des fleurs et des evvivas. Les maisons se tendaient de tapisseries ou de nappes, selon que leurs habitants étaient opulents ou modestes; on arborait partout des drapeaux, et des cierges s'allumaient en plein jour. D'adorables visages aux grands et longs yeux noirs, soubrettes, ouvrières, m. gs

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paysannes ou grandes dames représentantes des plus antiques familles, souriaient, acclamaient, envoyaient des roses entre deux baisers, agitant leur mouchoir brodé, criant toujours : Evvival Jamais, peut-être, un sentiment aussi vrai ne s'était manifesté chez tout un peuple d'une façon aussi unanime et aussi ardente.

Pendant cinq jours Milan fut un volcan d'exaltation, de délire, d'ivresse, de frénésie. Jamais ceux qui ont été témoins de cette joie n'ont vu une expansion aussi franche et aussi noble que celle que le patriotisme inspirait aux Lombards.

A peine les camps étaient-ils établis sur les remparts qu'ils furent envahis de partout. Les Milanais, les Milanaises surtout, voulaient loger un Français, l'héberger, le soigner. Depuis les Bartolomeo et les Visconti jusqu'au dernier facchino, chacun emmenait un ou plusieurs soldats.

Pendant toute la journée, on vit des turcos — on les remarquait surtout à cause de leur teint et de leur uniforme — fumant d'énormes cigares et étalés dans de belles voitures, se promener à travers la ville.

Dans tous les endroits célèbres, sous le dôme de marbre, devant la Cène de Léonard à Sainte-Marie-des- Grâces, ou devant la Pala d'Oro à Santo Ambrogio, ou bien à Brera et à la Scala, on rencontrait, bras dessus bras dessous, nos soldats conduits, guidés par des Lombards de tout rang.

Le lendemain, le Roi et l'Empereur firent leur entrée.

La population s'était endormie fort tard et ne savait

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