‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 20 sur 255 · REINE DE SUEDE · texte numérisé non relu

REINE DE SUEDE

trouver mal. Elle ne veut plus être princesse s'il lui faut s'en aller de Paris.

« Elle croit ensuite que le titre de princesse royale de Suède ne lui crée pas plus d'obligations que celui de princesse de Ponte-Gorvo, et elle est désespérée lorsque l'Empereur lui montre la convenance qu'il y a pour elle d'aller à Stockholm. Après bien des pleurs, elle part « pour l'exil » , et à peine est-elle arrivée dans son palais qu'elle se refuse à y rester et revient dans son cher hôtel de la rue d'Anjou, où elle demeure, quoique son mari trahisse sa patrie, et conduise à l'invasion une armée prussienne.

« Lors de l'entrée des alliés à Paris, elle ne bouge pas et reçoit, dans son salon jaune, la visite de l'empereur de Russie. Elle ne bouge pas davantage durant la Restauration.

« Elle voit tous les jours ses deux nièces, la maréchale Suchet duchesse d'Albuféra, et la baronne de Saint-Joseph. Elle vit tranquille, heureuse, sans histoire. Un après-midi, elle déchiffre à quatre mains, avec la duchesse d'Albuféra, le Calife de Bagdad, quand un messager entrant lui annonce quelle est reine de Suède.

« Loin de l'enchanter, cette nouvelle lui fait craindre d'être obligée daller en son royaume. A ce moment, elle poursuit de ses prévenances le ministre des affaires étrangères, le duc de Richelieu. Serait-elle amoureuse? Pourquoi cette course folle après le ministre tout-puissant? A en croire quelques personnes de son intimité, elle n'a pas oublié son fiancé de 1795, et cette assiduité n'a d'autre but que d'obtenir quelque adoucissement au martyr à Sainte-Hélène.

« La nouvelle de la mort de Napoléon, arrivée en 1821, lui porta-t-elle un coup? Elle vivait tellement retirée qu'on ne l'a point su.

« Nous sommes en 1828 : il y a dix ans qu'elle est reine, et depuis 1810 elle n'a pas vu son fils. Bernadotte lui intime l'ordre positif de venir le rejoindre.

« Arrivée dans son magnifique palais, entourée de tous les soins, elle conserve toujours la nostalgie de la rue d'Anjou.

« Ses nièces, ses amies, ses couturières, les magasins du boulevard des Italiens lui manquent à Stockholm dont le climat est bien rigoureux pour une enfant de la Provence.

« Bernadotte en est maintenant à sa période d'hypocondrie, et s'emporte à propos de rien; la Reine prend alors sa revanche : elle a été traitée si longtemps par lui' en petite fille! C'est lui maintenant l'enfant capricieux, et elle est heureuse de le morigéner et de railler ses emportements. Quand il lance des imprécations et profère des menaces contre ses ministres et son peuple, avec force jurons, elle, tranquille, souriante, agite son éventail, et en minaudant : « Ne croirait-on pas qu'il « va tout casser et tout massacrer? Et il ne fera cepen- « dant pas de mal à une mouche... Ce n'est qu'un « brouillard, on n'a qu'à souffler dessus et ça dispa- « raît... Autant vaudrait ne rien dire... »

« La mort de Bernadotte ne changea en rien sa vie. Son fils, le roi Oscar Ier, lui conserva ses appartements. Elle s'attacha beaucoup à ses petits -enfants, le roi Charles XV et le roi Oscar II. Mais elle n'oubliait pas Paris. Chaque fois qu'un Français de distinction, voyageur ou diplomate, lui était présenté, elle le chargeait

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