TE DEUM
mont de tous les États qui chasseraient leur souverain.
Il était certain que le concours de Napoléon III ne lui ferait jamais défaut, car il avait pu s'assurer que le seul nom d'Italie avait sur son cœur un tel sens fatidique qu'on ne l'invoquerait jamais en vain.
A la fin de la cérémonie, le chapelain de l'Empereur, l'abbé Laine, monta à l'autel et entonna le Salvum fac Imper alorem, que la musique des guides, placée dans un des bas-côtés, fit suivre d'un oratorio.
L'assistance attendait l'apparition de l'aumônier sarde et un morceau de musique des grenadiers de Sardaigne ; mais le chœur resta désert et les voûtes ne résonnèrent pas des cuivres piémontais.
On se regardait inquiet, trouvant cette attente pénible; l'Empereur donna alors le signal du départ, et quand l'on fut sous le porche noyé de soleil et que l'on vit un peuple entier impatient d'exprimer sa joie, tout sentiment désagréable disparut et l'Empereur écrivit cette dépêche à l'Impératrice :
« Milan, 8 juin, 3 heures soir.
« L Empereur à V Impératrice.
« Aujourd'hui, Te Deum au Dôme. Enthousiasme extraordinaire. Évêque officiait. La garde impériale formait la haie. En sortant avec le Roi, tous les prêtres m'ont baisé les mains, les femmes s'agenouillaient, les hommes étaient exaltés au delà de toute expression. Toutes les troupes étaient couvertes de fleurs. Mais
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nous avons eu de la peine à trouver du pain. »
On manquait de pain, et Ton en manquera encore souvent ; cependant les gares de Buffalora et de Magenta regorgeaient de pyramides de pains de munition, qui moisissaient à l'air et se décomposaient sous la pluie et le soleil : tous les gens qui venaient de France virent ces monceaux énormes en pourriture que des paysans armés de crochets de chiffonnier harponnaient pour en arracher des morceaux qu'ils empilaient dans des hottes.
Le lendemain eut lieu une représentation de gala à la Scala. Tout le monde connaît cette célèbre salle de spectacle, avec ses cinq galeries de loges découvertes, aux ornements d'or sur fond blanc : des dames en grande toilette décolletée, avec des rubans tricolores, les garnissaient jusqu'aux combles; et, au premier rang, la superbe comtesse Negroni attirait les regards des officiers qui peuplaient le parterre et aussi ceux du roi Victor-Emmanuel.
A un moment où tout le corps de ballet était en scène,* le spectacle s'arrêta soudain et toutes les danseuses ensemble, obéissant à un mouvement spontané et imprévu, en une masse immense de gaze d'argent et de rubans tricolores, se précipitèrent du fond de la scène sur la rampe, excitées, ardentes, gesticulant, agitant des guirlandes ou des écharpes, hurlant : Evviva la Franciaï Evviva VUnioneï Evviva illalia !
Tandis que le maréchal de Mac-Mahon et ensuite l'Empereur entraient à Milan, le maréchal Ganrobert, qui, après la bataille de Magenta, s'était avancé jusqu'à Abbiate-Orasso par où s'étaient retirés les Autri-