LA FETE-DIEU
furent tout étonnés de voir qu'il était Français et s'appelait le comte de La Motte.
Ce même jour, l'Empereur, à son quartier générât de Montechiaro, reçut la municipalité de cette ville qui venait lui offrir les « morceaux » du monument commémoratif de la bataille de Castiglione détruit par les Autrichiens en 1814. Napoléon remercia la députation et ordonna la réédification du monument dans son état primitif.
Le lendemain 23 juin était la Fête-Dieu, que l'on célèbre solennellement en Italie, sous le nom de fête du Corpus Domini. Tous les villages préparaient des reposoirs pour les processions, et les habitants ornaient leurs maisons de tentures, de draps, de tapis, de fleurs et de cierges.
A. huit heures du matin, l'Empereur alla voir le Roi qu'il trouva sortant de la messe et tous deux, montant à cheval, se dirigèrent vers les bords du lac de Garde.
Il suivirent d'abord un sentier escarpé au milieu des rochers; puis, arrivés sur une éminence qui domine les environs et d'où l'on voit le fond du lac qui s'enfonce dans la grande chaîne des Alpes, ils s'arrêtèrent; ils parlaient avec animation, sans porter aucune attention au spectacle superbe qu'ils avaient à leurs pieds. Napoléon III exposait à Victor-Emmanuel la nécessité où il se trouvait de faire la paix. Ce n'était pas la première fois que la perspective de s'arrêter s'ouvrait devant les yeux des deux alliés. Déjà à Brescia Napoléon III avait cherché, sous prétexte d'échange de prisonniers, à nouer des négociations avec le quartier général autrichien et il avait prévenu Victor-Emmanuel que la mobilisation de l'armée prussienne décrétée l'avant-
veille à Berlin l'obligerait à cesser les hostilités d'ici peu.
Ce matin du 23 juin, l'Empereur revenait encore sur cette question. La Prusse menaçait d'envahir la France, la Russie usait de toute son influence pour lui conseiller la paix, et l'Angleterre concentrait sa flotte dans la Méditerranée avec l'intention de tenter quelque coup. La continuation des hostilités ferait perdre le fruit des succès remportés et même pourrait amener l'amoindrissement de la France et surtout l'anéantissement de la Sardaigne, car si l'Autriche devenait victorieuse, elle n'aurait rien de plus pressé que d'accomplir ce qu'elle considérait comme une nécessité pour la sécurité de ses possessions en Italie.
Quoi que l'on en ait dit, Victor-Emmanuel, le plus avisé des politiques, était d'accord avec son allié. Quelque regret qu'il eût de ne pouvoir s'emparer de la Vénétie, il préférait encore gagner la Lombardie que de perdre son patrimoine pour avoir voulu trop prendre.
Après avoir conversé une heure, les deux souverains rentrèrent déjeuner et l'Empereur exprima l'idée de reprendre la marche en avant le lendemain : il emploierait la journée à s'approvisionner et à faire des reconnaissances.
En effet, de retour à son quartier, il ordonne au général Desvaux de pousser une pointe dans la direction du Mincio, et recommande au général Fleury de prescrire à son protégé l'aéronaute Godard de tenter plusieurs ascensions, afin de voir s'il reste encore des Autrichiens en deçà du Mincio.
Aussitôt prévenu par le général Desvaux, le capitaine de Gontenson part avec 200 chasseurs d'Afrique;