GODARD ET SES MONTGOLFIÈRES
il rencontre des patrouilles de uhlans qui se dispersent à sa vue et vient se heurter à un gros d'infanterie qui occupe Guidizzolo avec de l'artillerie; d'après les indices qu'il recueille, il peut y avoir là 10,000 hommes.
C'est non loin de Gastiglione que se préparent les aérostats : le commandant Morand du 2e zouaves, qui commande la grand'garde, et le capitaine de Verdière, aide de camp du général Fleury, assistent à l'opération.
Des zouaves en tenue de corvée font un énorme feu de paille au moyen duquel on gonfle une première montgolfière; on est réduit à cet aérostat primitif, car le ballon, amené de Paris à Milan, a été détruit par l'orage qui a éclaté le soir de la bataille de Marignan.
La première montgolfière, lancée à titre d'essai, monte majestueusement; puis, à certaine hauteur, elle est poussée rapidement dans la direction de l'ennemi.
L'armée autrichienne, en ce moment en marche, la voit passer au-dessus de sa tête et les soldats comme les officiers ne peuvent comprendre quel est l'objectif de ce ballon qui va se perdre bien loin derrière eux.
Ainsi fixé sur la hauteur et la direction du vent, M. Godard fait gonfler une grosse montgolfière avec nacelle et câble et, sur le point de monter, il invite le commandant Morand et le capitaine de Verdière à l'accompagner. L'offre est peu tentante, vu l'état rudimentaire de l'installation, et les officiers se récusent. Après plusieurs ascensions, M. Godard déclare qu'il n'y a personne dans la plaine : il a distingué en tout trois cavaliers et pas un seul fantassin.
Le podestat de So4ferino, qui est accouru, attiré par
le spectacle tout nouveau pour lui d'un lancement de ballon, est d'un avis contraire; il raconte au commandant Morand et au capitaine de Verdière que les Autrichiens repassent le Mincio en ce moment même, et il insiste pour qu'un régiment, au moins, vienne occuper Solferino. La position est superbe, elle domine toute la plaine. Les Autrichiens seront paralysés pour toute offensive s'ils sont prévenus par nous sur ce point. Sur ses instances le commandant Morand se rend avec lui au sommet des hauteurs d'où il découvre tout le pays d'alentour.
Le capitaine de Verdière, de son côté, court au quartier général, où il rapporte à la fois les renseignements de M. Godard et ceux du podestat de Solferino. Mais l'on n'attache d'importance qu'aux premiers. Le maréchal Vaillant, depuis que la chaleur est devenue intense, demeure inerte et affalé, transpirant à perdre une partie de son embonpoint, et l'Empereur est plus que jamais livré à son propre jugement; or, il croit qu'il n'y aura plus de rencontres avant le passage du Mincio; il en est même si convaincu que dans la journée il reparle au général Lebœuf du siège de Peschiera dont l'investissement commencera vraisemblablement dans quarante-huit heures. Il lui demande encore si le parc de siège qu'il a déjà souvent réclamé est sur le point d'arriver et si l'on a pensé à envoyer les nouvelles fusées percutantes pour les obus oblongs de 12.
Le soir, de nouveaux renseignements de nature à éclairer l'Empereur, au moins à mettre des doutes dans son esprit, sont envoyés par l'espion Lizzioli : « Peschiera est sans vivres, écrit-il, et sans artillerie;