‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 208 sur 255 · LES ORDRES DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

LES ORDRES DE L'EMPEREUR

on travaille à en amener de Vérone. Les Autrichiens ont repassé sur la rive gauche du Mincio. »

Les éclaireurs sardes, de leur côté, vers six heures du soir, constatent dans leurs reconnaissances que Solferino est maintenant occupé par de l'infanterie, et le roi de Sardaigne en avise le maréchal Baraguayd'Hilliers qui est le plus rapproché de lui.

A onze heures du soir, les grand'gardes du maréchal de Mac-Mahon signalent la présence de l'infanterie autrichienne à peu de distance :

« Une troupe considérable d'infanterie descendue de Solferino, écrit le capitaine Berchet, est venue à sept heures du soir s'établir au hameau de Le Grôle : un rassemblement d'infanterie et d'artillerie est à Volta. »

L'Empereur ne peut cependant croire que les Autrichiens vont livrer une bataille, un grand fleuve à dos. Les troupes que l'on voit ne sont que des arrière-gardes qui observent nos mouvements. Il s'arrête à l'idée de forcer le passage du Mincio par la prise de possession de Goïto, que le général Niel, avec son corps d'armée et deux divisions de cavalerie, sera chargé d'enlever ; ce sera pour lui l'occasion de gagner son bâton de maréchal. En conséquence, il envoie les ordres dans la soirée pour le lendemain : on marchera en ligne, dans le même ordre où Ton a bivouaqué aujourd'hui; vu la grande chaleur, on partira à trois heures et demie ; il recommande surtout que pour éviter les encombrements a les bagages demeurent parqués jusqu'à ce que les corps qui suivent la même route aient défilé » .

Le maréchal Ganrobert, à l'extrême droite, en deçà

de la Chièse, a comme mission de donner la main au prince Napoléon et de garer l'armée d'une attaque de flanc que les Autrichiens pourraient diriger de Mantoue.

Si l'Empereur croyait à une bataille, il laisserait au maréchal Ganrobert sa cavalerie et même lui adjoindrait celle des autres corps encadrés et qui n'ont rien à craindre pour leurs ailes ; mais l'Empereur, nous venons de le voir, croit à la retraite des Autrichiens auxquels il devra enlever de vive force le passage du Mincio, et toute sa cavalerie est massée au centre derrière l'infanterie du général Niel, si bien que le maréchal Ganrobert n'a avec lui que cinquante cavaliers pour fournir les escortes, les estafettes et les éclaireurs.

Cependant, le maréchal est moins préoccupé d'une attaque de flanc que d'une grande bataille de front, et, désireux par-dessus tout, parce qu'il est en arrière des autres corps, d'arriver aussi vite que possible sur le théâtre de l'action si l'on en vient aux mains, il envoie dans la soirée son chef d'état-major, le colonel Besson — tué depuis à l'attaque du pont de Bécon pendant la Commune — auprès du général Ni-el pour s'entendre avec lui afin d'éviter les encombrements.

L'avant-veille, le corps du maréchal Ganrobert avait été coupé par celui du général Niel et, comme à Magenta, il avait dû attendre le défilé interminable des chariots du 4e corps avant de reprendre sa marche.

Le colonel Besson demande aujourd'hui au général Niel, conformémentà l'ordre de l'Empereur, de retarder le départ de ses bagages jusqu'à ce que l'infanterie du 3e corps ait effectué son passage à la suite de celle du 4e.

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