PROPRIETAIRE CONDUISANT UN TILBURY
passer : « Nous sommes à quelques lieues de l'ennemi, écrit le capitaine de Glermont-Tonnerre, et nous ne pouvons pas savoir s'il a l'intention de défendre ou non le Mincio. » L'Empereur ne croit pas à une bataille; il prescrit le départ de l'état-major à six heures du matin, et lui montera en voiture à sept heures, et sera rendu à Castiglione une heure après.
A l'extrême gauche, sur les bords abrupts et grandiosement sauvages du lac de Garde, le Roi sait qu'il rencontrera l'ennemi à Pozzolengo. AEssenta, le maréchal Baraguay-d'Hilliers est aussi informé qu'il aura à combattre, et il a envoyé ce billet à onze heures du soir au général de Ladmirault :
« Je vous réitère mes renseignements précédents sur l'occupation de Solferino par les Autrichiens : ils ont crénelé le cimetière ; ils sont 6,000 avec quatre canons. Attendez pour votre attaque la division Forey. »
Au 2e corps, le commandant Debret, après le commandant Morand et le capitaine Berchet, fait savoir à minuit que les « Autrichiens sont entrés à Médole à trois heures », et à une heure du matin, un propriétaire du pays, conduisant un tilbury, demande à être mené auprès du maréchal de Mac-Mahon pour lui donner des détails sur l'occupation de Médole.
Au 4e corps les reconnaissances n'ont, au contraire, rien signalé ; mais à minuit on reçoit du podestat d'Assola ce message :
« Assola, 23 juin, 8 heures soir.
« Un voiturier, sorti aujourd'hui de Mantoue, rapporte qu'un corps autrichien que l'on juge fort de
402 CANROBEKT.
20 à 30,000 hommes, infanterie, eavalerie et artillerie, est sorti de Mantoue par la porte Pradella et s'est avancé sur la route de Marcaria; ses avant-postes sont près de nous à Arqua Negra.
« Fergi Andréa. »
Le commandant Parmentier, premier aide de camp du général Niel, qui, en sa qualité de polyglotte et de déchiffreur incomparable de dépêches, est chargé des renseignements du 4e corps, est aussitôt en possession de ce papier ; mais il lui accorde peu d'importance. Si un corps ennemi veut tourner l'armée française, il sera lui-même coupé des siens, et il juge inutile de déranger le général Niel de son sommeil : il suffira de le prévenir à trois heures du matin. Mais quand, à son lever, le général Niel lit le billet en question, il reproche au commandant de ne pas l'avoir réveillé, et il envoie de suite le papier par estafette à l'Empereur.
Dans toute l'immense plaine qui s'étend des Alpes aux bords du Pô, l'armée s'éveille aux premières teintes blanchâtres qui éclairent le ciel. A cette demi-clarté, dans les champs, autour des feux mourants où les derniers tisons disparaissent sous la cendre, ou dans les villages, sur les places, dans les rues, aux carrefours, les soldats se remuent, prennent le café avec du biscuit qu'ils trempent dedans; d'autres plient les tentes, font leurs sacs, nettoient leurs armes ou se livrent à une toilette sommaire.
Une demi-heure s'écoule et l'on est prêt. Le sommet du disque rouge apparaît derrière l'horizon du côté de Venise; les premières colonnes sont formées, elles se mettent en marche.