‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 216 sur 255 · MAREE MONTANTE DES AUTRICHIENS · texte numérisé non relu

MAREE MONTANTE DES AUTRICHIENS

tiglione apparaît comme embrasée. Sur les routes qui en partent circulent des voitures et des colonnes d'infanterie. A l'horizon, sur les hauteurs verdoyantes et hachées en tous sens par des ravins, crépite la fusillade. A leur pied, les miroitements des casques et des cuirasses des cent-gardes qui forment de petites étincelles lointaines marquent le point où se tient l'Empereur.

Les toits de Gastiglione, tous ceux des villages de la plaine et les monticules en arrière de l'armée sont couverts de monde; les habitants du pays assistent ainsi, de leurs champs ou de leur demeure, au spectacle de la bataille : sur les toits de Gastel-Goffredo, qui est le plus rapproché, le maréchal distingue les coiffes et les chemises blanches des paysannes.

Au centre de la ligne de bataille, une traînée de grosse fumée crevée perpétuellement de jets rougeâtres indique l'emplacement des deux grandes batteries des généraux Auger et Soleille, et devant Médole le corps du général Niel est attaqué par une armée entière. La division Vinoy apparaît, bien disposée avec sa ligne de feu, ses réserves et ses soutiens en arrière. Au centre de sa ligne de tirailleurs, on voit les quatre corps de bâtiments de la ferme de la Casa Nuova avec ses toits de tuile rouge. Le commandant de Potier, un rude homme, est enfermé dedans avec ses chasseurs à pied, dont les plus habiles tireurs font feu par les fenêtres, tandis que les autres chargent les carabines.

La marée montante des Autrichiens vient sans cesse entourer cet îlot; mais ses lames, malgré leur fureur et leur immensité, se brisent sur lui sans pouvoir le submerger. Dans une longue allée de mûriers qui mène à la Casa Nuova, le général Niel dirige le combat. Au

centre, la division de Failly paraît être dans un ordre assez décousu, sans liaisons entre ses unités; à gauche, la division de Luzy est dans un désordre complet; enfin, au loin, dans la plaine, vers le sud, on aperçoit une énorme colonne de poussière qui marche. C'est là que se porte surtout le regard du maréchal : il cherche à deviner ce que cache cette poussière. Pourquoi l'Empereur lui a-t-il retiré sa cavalerie? Il l'enverrait percer ce nuage. A défaut de cavalerie, il doit prescrire au général Bourbaki des reconnaissances d'infanterie et il descend de son observatoire pour envoyer ses ordres. Mais voici un nouvel officier, le capitaine Corbin, que le maréchal Ganrobert connaît depuis longtemps et qu'il affectionne : il vient au nom du général Niel demander des renforts ; puis successivement apparaissent, toujours de la part du général Niel, le capitaine Cartier, le lieutenant de Chabrillant; puis de nouveau le capitaine Corbin, et enfin le commandant Parmentier qui est le plus pressant de tous.

Si le général Niel insiste tant, c'est qu'il a engagé toutes ses réserves, que ses troupes sont épuisées autant par le combat et la fatigue que par la chaleur, et elles ont à faire face à des forces tellement supérieures qu'elles peuvent être repoussées et mises en déroute d'un moment à l'autre.

— Peut-être, à l'heure où je vous parle, termine le commandant Parmentier, sont-elles déjà en retraite... Tenez, monsieur le maréchal, montez avec moi au clocher de Médole et vous jugerez si la situation n'est pas aussi terrible que je vous la décris.

Et le maréchal, suivi du commandant, se met de nouveau à grimper escaliers et échelles. Sur le point

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