‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 218 sur 255 · LE FILS DE MARIE-LOUISE · texte numérisé non relu

LE FILS DE MARIE-LOUISE

militaire français, le colonel Corbin, lui dit à brûlepourpoint :

— Gomment va Ladmirault?

— Mais il va très bien,, il est gouverneur de Paris.

— C'est que je le connais bien. Je l'ai vu en face, à Solferino ; il a voulu me faire prisonnier, mais je l'ai salué et j'ai disparu.

Et le (ils de Marie-Louise raconta l'épisode ci-dessus.

Quelques instants après, le général de Ladmirault était blessé une seconde fois, jeté à terre, et obligé de remettre le commandement au général de Négrier.

Sa division a le quart de son effectif atteint ; il ne reste plus sur la ligne du feu que les plus vigoureux; les autres, brisés, anéantis par la chaleur, la fatigue, ou apeurés par la vue des morts et des blessés, se sont égrenés un peu partout. Les plus vaillants eux-mêmes n'en peuvent plus : trempés de sueur, les capotes déboutonnées, le cou découvert, sans cravate, essoufflés par la lutte et par les efforts qu'ils font pour gravir des pentes à pic, ils s'arrêtent. Tous sont dévorés de soif et, dans les fonds des ravins, on voit des groupes cherchant de l'eau pour calmer leur gorge desséchée.

Il est impossible de demander un nouvel effort à cette poignée de braves qui lutte encore ; il faut attendre des renforts.

C'est à ce moment que le général Jarras, envoyé par l'Empereur, parvient à rejoindre le maréchal Baraguayd'Hilliers devant le mont des Cyprès : « Je n'ai plus de réserves, répond le maréchal; il faut que l'Empereur tente l'attaque de Solferino avec des troupes fraîches, et le 1er corps y concourra en reprenant l'offensive à la fois sur toute sa ligne. »

Le spectacle qui s'étend devant les yeux du général Jarras lui démontre l'exactitude de ces observations et il court en rendre compte à l'Empereur qui répond : o Faites avancer les voltigeurs contre Solferino et donnez-leur la direction. »

Les voltigeurs de la garde défdent maintenant pleins d'enthousiasme devant l'Empereur, qu'ils saluent en criant et en agitant leurs fusils. Leur exaltation contraste avec sa froideur ; il est toujours silencieux et ne prononce pas de ces grands mots comme lui en ont prêté les chroniqueurs :

— Allons, mes voltigeurs, enlevez-moi ça à la baïonnette !

Il faut reléguer tout ça dans le bric-à-brac de l'histoire.

Les voltigeurs, eux, sont d'autant plus expansifs qu'ils croient l'Empereur blessé. En passant devant lui, ils remarquent qu'il n'a qu'une seule épaulette et que le général de Martimprey est monté sur un cheval de lancier avec une chabraque de peau de mouton. On raconte dans la garde que l'état-major a servi de cible au tir des Autrichiens, que l'Empereur a eu son épaulette emportée par un boulet, et le général de Martimprey un cheval tué sous lui.

Dans un temps de galop, l'agrafe de l'épaulette de l'Empereur s'est cassée et l'épaulette est tombée à terre devant le régiment des turcos. Quant au général de Martimprey, son cheval Gris s'est déferré et il a pris le premier cheval de troupe qu'il a trouvé.

Les voltigeurs et les chasseurs repoussent d'abord avec la brigade d'Alton, une contre-attaque des Autrichiens qui cherchent à dégager Solferino; puis, a lieu

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