‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 219 sur 255 · ASSAUT DE SOLFERINO · texte numérisé non relu

ASSAUT DE SOLFERINO

une lutte terrible où le drapeau du 91e manque d'être pris : un Autrichien en a déjà saisi la hampe qui se brise dans la lutte, quand le sergent Bourraquet tramperce de sa baïonnette le ravisseur et reprend l'aigle.

Ce brave Bourraquet, décoré en Grimée, est devenu gardien du jardin des Tuileries, et beaucoup d'enfants qui ont joué sous sa surveillance se souviennent encore de sa bonne grosse figure.

Délivrés sur leur front, les voltigeurs montent à l'assaut de Solferino et de la tour avec la brigade du général Dieu qui vient de tomber, l'épine dorsale brisée par une balle. On le ramène; il passe devant l'état-major et sa belle figure qu'ombrage une grande barbe noire est déjà pâle. Il mettra un an à mourir dans d'horribles souffrances.

Au bruit de l'attaque de la garde, tout le 1er corps reprend l'offensive. Le général de Négrier et le général Bazaine se jettent contre le cimetière dont les hauts murs de pierre de taille forment une forteresse; six fois ils les atteignent, six fois ils sont repoussés.

A ce moment seulement, quelqu'un a l'idée que, si le canon faisait brèche dans ce mur, il serait plus facile et moins meurtrier d'y pénétrer. Gomment n'y avait-on pas pensé plus tôt? Gomment le maréchal Baraguayd'Hilliers et le général Bazaine ne se souvenaient-ils pas de la boucherie inutile ordonnée par eux, dans des conditions identiques, à Melegnano, quelques jours auparavant?

Enfin, les batteries abattent le mur : on va pouvoir entrer dans cette forteresse. Il est midi et l'on voit, à droite, les voltigeurs qui couronnent la montagne des Gyprès et le mamelon de la Tour.

Alors le Ier zouaves, furieux de ses échecs de tout à l'heure, se prépare à entrer, coûte que coûte, dans le cimetière. Son colonel, Brincourt, vient d'avoir l'épaule traversée. Il ne veut pas qu'on l'emporte; il craint que son régiment, déjà frappé par six échecs successifs, n'ait pas la vigueur et l'entrain nécessaires cette septième fois. Personne n'est plus capable que lui de soutenir le cœur de ses soldats. Sa bravoure est légendaire. En Grimée, il a été laissé pour mort dans la tranchée avec cinq coups de baïonnette à la tête, six au flanc droit, un coup de sabre à la poitrine et une balle dans la tête. Ne pouvant plus marcher, il appelle quatre sapeurs et se fait soulever devant ses hommes auxquels il donne le signal. Dans la course sous les balles, il trouve que ses porteurs semblent ne pas mettre assez d'entrain.

— Le premier qui ralentit le pas, je le tue î leurcriet— il , en les menaçant de son revolver.

Et c'est porté à bras qu'il entre le premier par la brèche avec son régiment derrière lui.

L'Empereur est encore à côté des batteries de la division Forey. C'est là que ses officiers viennent lui rendre compte des incidents du combat : le lieutenant Monéglia, des voltigeurs, a pris quatre pièces de canon; le sergent Garnier, du 10e bataillon de chasseurs à pied, s'est emparé du drapeau du régiment Gustave Wasa — dont le duc de Reichstadt a été colonel, et qui en ce jour fait partie de la division de son frère, le comte de Monte-Nuovo — enfin le chasseur de la garde Montillier a pris encore un autre drapeau.

Les hauteurs de Solferino occupées, reste un dernier contrefort dominant encore la plaine; c'est Gavriana.

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