‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 22 sur 255 · LE SAINT-DENIS DES ROIS DE SUÈDE · texte numérisé non relu

LE SAINT-DENIS DES ROIS DE SUÈDE

mark, le comte de Moltke, et, en Russie, le prince Menschikoff et les comtes Nesselrode, Woronzoff et Orloff.

« A défaut de costume, qui a disparu de nos jours, continuait le maréchal Ganrobert, ma nomination me donnait droit d'être enterré à Riddarholm et d'avoir mes armoiries accrochées à l'un des piliers de cette église dont la grosse cloche, de son tintement funèbre, annoncerait ma mort.

« Dans ces conditions, il me parut convenable de visiter Riddarholm.

« C'est une église gothique, en pierres grises, qui n'a aucun ornement de culte; on dirait plutôt un musée militaire qu'un temple : aux piliers, des trophées de drapeaux; sous les arceaux, des harnais de guerre de chevaliers avec leur monture ; un peu partout, des pyramides de tambours et des rosaces de trompettes ; dans la chapelle, des tombeaux, dont celui de Bernadotte qui n'était pas encore fini.

« J'examinais la série des écus des chevaliers des Séraphins : je remarquai celui de Napoléon Ier et celui du tsar Nicolas, le dernier accroché.

« De l'église j'allai au musée de Stockholm et j'y vis côte à côte le bâton massif de commandement de Gustave-Adolphe et celui de maréchal d'empire de Bernadotte recouvert de velours bleu et semé d'aigles d'or; dans la même salle était un costume de traban, dont le chapeau était percé d'une balle à la hauteur de la tempe : c'était celui que portait Charles XII lorsqu'il fut tué à Frédérichsthal. »

Tous les jours, le général Canrobert recevait des invitations de toutes sortes; si sa présence était connue

M GANROBERT.

sur un point, la foule s'y portait pour l'acclamer. Dans la rue, des camelots vendaient son portrait en couleur avec sa biographie et une poésie de treize strophes célébrant ses hauts faits.

Un soir, on donna une représentation de gala en son honneur. Lorsqu'il apparut dans sa loge, toute la salle se leva et trois hourras et des salves d'applaudissements saluèrent son entrée.

Les journaux suédois exultaient et le Times déclarait dans un de ses leading que le général Ganrobert avait signé une convention militaire dont il donnait tous les détails : la Suède fournirait soixante mille hommes que le Roi commanderait en personne; la France en amènerait autant, sous les ordres du général Ganrobert; on garantirait à la Suède la restitution de la Finlande; les plans de campagne étaient déjà tracés dans leurs grandes lignes : les flottes de l'Angleterre, de la France et de la Suède attaqueraient Gronstadt au printemps, en même temps que l'armée de terre ferait une descente en Gourlande et marcherait sur Saint- Pétersbourg.

Et de suite des journaux de tous les pays embouchent la trompette, les uns pour faire chorus avec le Times ; les autres, surtout ceux de l'Allemagne à la dévotion de la Russie, pour discuter la valeur de l'affirmation du Times. L'un deux, la nouvelle Gazette de Prusse, l'organe du parti piétiste, déclare que, si la France propose de restituer la Finlande à la Suède, la Prusse doit la sommer de rendre l'Alsace à l'Allemagne.

A vrai dire, le Times était trop affirmatif : seul un traité d'alliance défensive fut signé deux jours avant le départ du général Ganrobert; mais il faut ajouter qu'il

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