PLAIS DE CAMPAGNE CONTRE LA RUSSIE
était accompagné d'un échange de notes prévoyant le changement de cette alliance défensive en alliance offensive et établissant les conditions dans lesquelles la Suède et la Norvège participeraient à la guerre et aux avantages de la paix.
Quant au plan de campagne, ce fut avec le prince royal surtout que le général Ganrobert en fit l'étude.
Le prince royal était passionné de gloire militaire; il confia au général Ganrobert combien était ardent son désir de commander l'armée suédoise dans une grande guerre. Du reste, il pressait sans cesse son père de prendre les mesures utiles pour le cas où l'alliance deviendrait effective et, durant le séjour même du général Ganrobert, il obtint l'ordre pour le ministre de la guerre norvégien, le général de Bloch, de combiner ses opérations avec celles de la Suède dans le but d'une action commune.
La veille du jour que le général Ganrobert avait fixé pour son départ, la population voulut lui donner une fête. Une souscription ouverte donna immédiatement une grosse somme ; mais cette manifestation effraya le gouvernement qui redoutait les démonstrations contre la Russie, et il fit demander au général Ganrobert de s'y opposer lui-même. Ge dernier se conforma au désir des ministres, et les sommes recueillies furent attribuées aux blessés anglais et français.
Le général s'éloigna de la capitale en voiture, traversant tout le sud de la Suède jusqu'à Helsingborg, où il s'embarqua pour Copenhague sur la Procupine.
Il entra dans le Sund vers deux heures de l'aprèsmidi, le 1er décembre 1854, et longea ensuite la côte danoise. Tout d'abord, il aperçut Elseneur, la patrie
d'Hamlet. C'est un petit hameau aux maisons de bois couleur brunâtre, que domine juchée sur un rocher la forteresse de Kroneberg dont les canons assuraient autrefois l'acquittement du péage par tous les bâtiments qui franchissaient le Sund.
Du pont du bâtiment le Danemark semble mouvementé : ce sont des forêts superbes dont les arbres gigantesques ploient sous les flocons de neige. Au milieu on distingue de temps en temps de vieux manoirs féodaux dont les tours s'aperçoivent de loin; près de la mer se suivent des bourgades aux maisons basses où habitent des pêcheurs et des marins.
A quatre heures et demie, le navire arrive en vue de Copenhague qui apparaît, au jour tombant, sous la forme d'une grosse tache noire. C'est la citadelle que le bateau contourne, et, quelques minutes après, la ville se découvre avec ses palais, ses clochers, dont celui de la Bourse qui se termine en pointes comme quatre sucres d'orge tordus.
La Procupine pénètre dans le port ou plutôt dans la ville même, et aborde à un quai où des douaniers en manteau rouge font la haie. M. de Moltke, aide de camp du roi, le personnel de l'ambassade de France et une compagnie d'infanterie attendent le général Canrobert et lui souhaitent la bienvenue. Le général, accompagné de M. de Moltke, est mené à l'hôtel du Phénix : de sa chambre il voit le palais royal et le fameux bâtiment tout rouge où sont les bureaux des ministères.
L'accueil avait été poli, mais sans enthousiasme. Le peuple danois ne partageait pas les sentiments de haine que les Suédois avaient pour les Russes. Au cominen-