TURCOS ET GEANT NEGRE
Monte Fontana quand les turcos et le 70e de ligne, s'élançant, se trouvent face à face avec sa colonne.
Les deux troupes se mesurent de l'œil en silence ; puis, sur un signe du prince de Hesse, les Autrichiens font feu. Les deux colonels des turcos et du 70e, Laure et Douay, avec un grand nombre d'officiers montés, tombent morts ou blessés. Les turcos flottent, incertains, et, sur une charge que conduit toujours le prince de Hesse, ils tournent dos et détalent au plus vite, abandonnant la redoute où les Autrichiens pénètrent et, dans l'excitation du combat, achèvent les Africains blessés.
Le maréchal de Mac-Mahon et ses officiers voient alors les turcos revenir en déroute; puis se rassembler, en proie à une agitation violente. Ils trempent leurs mains dans le sang des morts, s'en barbouillent la figure, jurant par Allah, avec des imprécations terribles, de venger leur colonel. Et leurs serments et leurs hurlements rauques parviennent au haut de la colline jusqu'aux oreilles de l'état-major et des réserves qui regardent le combat.
Un instant après, la masse des turcos s'ébranle et part en poussant un grand cri, et leur musique suit en exécutant, avec des instruments stridents, une pyrrhique africaine.
Un géant nègre, en tête, agite un fanion jaune sur lequel ils ont les yeux fixés. A son signal, tous se couchent pour laisser passer une décharge de mitraille; puis ils se relèvent et, bondissant de nouveau, hurlant, glapissant, grisés de leurs cris, ils atteignent la Monte Fontana.
Les Autrichiens cette fois ne les attendent pas et leur
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abandonnent la redoute qui est définitivement conquise.
Prévenu que les turcos disent que Ton a achevé leurs camarades, le maréchal de Mac-Mahon accourt et constate qu'il n'y a pas dans la redoute un seul blessé; tous sont morts.
Les turcos, après un moment d'arrêt pour souffler, se jettent sur les espaliers de Gavriana qui forment une muraille infranchissable. Ils sont sur le point de les atteindre et, à gauche, les voltigeurs vont aussi toucher les premières maisons de la petite ville quand des flocons de fumée apparaissent très en avant sur les hauteurs, au delà de Solferino, en arrière de l'ennemi, et des obus viennent tomber au milieu du village. Les Autrichiens, se croyant pris à revers, ne tiennent plus et abandonnent les espaliers que l'on n'aurait jamais pu emporter de face s'ils avaient été défendus.
Personne de ceux qui attaquaient Gavriana ne se doutait d'où venait ce canon si plein d'à-propos.
Le commandant Peychaud, des voltigeurs de la garde, a gravi des hauteurs escarpées avec son bataillon et deux pièces de la garde. Ses voltigeurs ont un tel entrain qu'en les voyant une masse d'isolés, des fantassins, des chasseurs, des zouaves, des Sardes même se joignent à eux, si bien que leur colonne compte bientôt plus de quinze cents hommes. Un boulet vient à passer au-dessus des têtes sans atteindre personne ; mais son sifflement produit un effet moral énorme sur cette masse composite.
— Voyez, dit le commandant Peychaud à l'officier d'artillerie qui l'accompagne, ma troupe vaut 50 pour 100 de moins que tout à l'heure.