‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 223 sur 255 · JOLI MOT DU GENERAL DE ROGHEFORT · texte numérisé non relu

JOLI MOT DU GENERAL DE ROGHEFORT

plus ou qui ont peur des coups et qui laissent les camarades se battre sans eux.

Les chasseurs de la brigade Rochefort, toujours pied à terre, la bride de leurs chevaux au bras, sont dans la grande rue et sur la place, ce qui n'empêchera pas, le lendemain, le général de Rochefort de faire ce mot charmant :

— Hier soir, quand j'ai secoué mon vieux toupet, il en est tombé une pluie de balles.

Il était écuyer hors ligne et fut longtemps directeur de l'école de cavalerie de Saumur : quoique général, il se donnait en spectacle dans tous les carrousels, en se mettant en tête du cadre noir, pour monter des chevaux qu'il avait lui-même dressés. Il n'avait, au reste, jamais fait la guerre. Excellent dans un manège, il eût fallu le maintenir à la tête de l'école d'équitation.

Il est deux heures; la première armée autrichienne, forte de trois corps d'armée, prépare un effort suprême. Le feld-zeugmeister Wimpffen espère, attaquant deux contre un, repousser les corps du maréchal Canrobert et du général Niel, et obéir ensuite à l'ordre de l'empereur François-Joseph, qui lui prescrit de marcher sur Castiglione pour dégager le centre autrichien en coupant l'armée française.

Le général Niel riposte à cet assaut général de l'ennemi par des charges : les troupes croisent la baïonnette en partant, mais elles remettent bientôt l'arme sur l'épaule, ce qui les gêne moins pour marcher. Le général Niel se multiplie. Voyant un bataillon de la division de Failly qui plie, il prie le colonel Jourjon, du génie, de le rallier et de le ramener : le colonel y va, il parle aux hommes et les conduit : une balle le tue.

Deux bataillons du 55e se forment en colonnes par division; pour les enlever, leur colonel, M. de Malleville, met pied à terre, saisit l'aigle du régiment et marche à vingt pas en avant. Une balle arrache un lambeau du drapeau et blesse mortellement le colonel en pénétrant dans son corps avec des débris d'étoffe qui se confondent avec sa chair et son sang : communion d'un colonel mourant avec le drapeau de son régiment.

C'est le moment où le général Renault avec ses sept bataillons entre dans Rebecco et en assure la possession. C'est encore en cet instant que la division Vinoy, jusqu'alors inébranlable, paraît sur le point de succomber sous le nombre et l'effort. Ses régiments couchés dans les maïs et les blés sont épuisés de fatigue et de chaleur ; pourront-ils résister à cette nouvelle attaque? A leur gauche, la cavalerie, qui n'a pas encore donné, s'ébranle pour la dégager.

Chasseurs d'Afrique et hussards chargent dans les vignes et les blés, sautent les fossés, franchissent les barrières, entrent dans les vergers et atteignent les colonnes autrichiennes qui se sont formées en carrés. Là, accueillis par les feux de salve, il leur faut retourner.

Le commandant de Larochefoucauld se rue sur un carré, sabrant à deux mains comme un forcené; les Autrichiens s'écartent devant lui; puis, se refermant, l'obligent à se rendre, après l'avoir blessé. Les charges, quoique ramenées vivement, ont cependant arrêté le mouvement des Autrichiens qui voulaient tourner la division Vinoy et pénétrer par le vide de notre centre jusqu'à Gastiglione; mais si la gauche de la division Vinoy est dégagée de face, elle a encore à

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