‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 224 sur 255 · MORT DU PRINCE DE WINDISC 11 GR AETZ · texte numérisé non relu

MORT DU PRINCE DE WINDISC 11 GR AETZ

subir un nouvel et terrible assaut. Du point où il est, en tête de la brigade Bataille, — de la division Trochu, — le maréchal Ganrobert assiste à ce drame : il voit les Autrichiens entourer la ferme de Casa Nuova; il distingue le chef qui les conduit, il a des cheveux blonds bouclés et un superbe cheval alezan ; à côté de lui est un drapeau brodé d'or : il arrive au mur de la ferme et veut le sauter; mais son cheval se cabre, et il tombe, la tunique blanche couverte de sang; puis, comme le colonel Brincourt, il se fait porter à bout de bras par ses soldats pour que tous l'aperçoivent, et que, même mort, il les guide encore au combat. A la vue de leur colonel agonisant qui se transforme en enseigne, les Autrichiens reviennent à la charge : les chasseurs à pied du commandant de Potier ne cèdent pas et, le 76e de ligne arrivant, une mêlée corps à corps a lieu : quand les Autrichiens se retirent, ils emportent leur colonel, le prince Windischgraetz, mort, et leur drapeau tout brodé d'or, au chiffre du prince, reste entre les mains du soldat Dreyer, du 76% qui a tué le porte-drapeau d'un coup de baïonnette.

A ce moment, le maréchal Ganrobert, qui a formé lui-même la brigade Bataille en échiquier, la jette en avant. Les bataillons passent entre les unités de la division Vinoy, poussent les Autrichiens déjà ébranlés et se joignent par leur droite à la division Renault qui occupe Rebecco et cherche à atteindre Guidizzolo.

La brigade Bataille marche dans un ordre admirable : à douze pas devant le 43e, le colonel Broutta, avec son drapeau, est droit sur son cheval, regardant et dirigeant ses bataillons. Un obus éclate : un fragment arrache la plus grande partie du drapeau et un

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autre arrive dans la tête du colonel qui tombe lentement de son cheval devant tout son régiment.

Aussitôt la brigade Bataille engagée, le maréchal Ganrobert ne croit plus devoir tenir compte des ordres de l'Empereur, et il envoie le capitaine Bourgeois chercher le général Bourbaki pour l'amener au plus vite devant la Casa Nuova.

A ce moment les Autrichiens, malgré la vigueur de leur dernière attaque, ne sont pas parvenus à entamer l'aile droite française et le feld-zeugmeister Wimpffen ordonne la retraite. Il est quatre heures et demie : l'avant-garde du général Bourbaki qui presse le pas entre à Médole.

Les nuages, peu à peu accumulés au ciel, deviennent à ce moment si noirs, si bas, si épais et ils obscurcissent tellement le jour que l'on croit que c'est la nuit. Le vent s'élève, violent, entraînant des nuées de poussière qui enveloppent le champ de bataille et empêchent de voir : les éclairs zigzaguent en tous sens, et le tonnerre envoie des grondements terribles dont les éclats se prolongent et se répercutent indéfiniment au fond des Alpes. L'averse commence : d'abord des larges gouttes espacées, puis elles se resserrent, et maintenant c'est un déluge, grêle et eau tombant en cascades. Les chevaux, cinglés par les grêlons, tournent leur croupe à l'orage et cherchent à cacher leur tête.

Le combat s'arrête : après la trêve de la soif, la trêve des éléments.

Succédant à la chaleur étouffante et lourde qui pesait sur les combattants, la pluie fut pour eux un bienfait; on tendait les couvertures ou les manteaux pour recueillir l'eau et la boire.

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