‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 228 sur 255 · DEUX PETITES FILLES DU PROPRIÉTAIRE · texte numérisé non relu

DEUX PETITES FILLES DU PROPRIÉTAIRE

de Martimprey. Une omelette, une galantine, des pommes de terre et du fromage, tel est le menu de ce repas qui, suivant l'habitude, dure à peine un quart d'heure.

Vers onze heures, l'Empereur envoie une lettre au Roi. Quand le baron de Bourgoing, qui avait été chargé de la porter, revint à Gavriana, il raconta avoir été introduit dans une maison où ii avait entendu le Roi s'écrier : « Un envoyé de l'Empereur ! il faut que je me lève pour le recevoir. » Et en même temps il avait vu apparaître un individu entièrement nu, dont le corps était couvert de poils des pieds à la tête comme celui d'un ours; après un moment détonnement, il avait reconnu le Roi qui s'était dévêtu à cause de la chaleur.

Le Roi lui avait dit qu'il allait se rendre auprès de l'Empereur. Il arriva, en effet, vers deux heures, sauta à bas de son petit arabe et monta l'escaliei quatre à quatre. La première personne qu'il rencontra fut le général Frossard. Il s'arrêta devant lui, lui tapa sur l'épaule et lui dit :

— Hein, mon vieux, crois-tu que les Autrichiens c'est de la sacrée canaille? (Sic.)

Et il entra dans la grande salle où on le laissa seul avec l'Empereur. Une demi-heure après il repartait, toujours au galop.

En route il croisa le commandant Berthaut qui venait annoncer à l'Empereur, de la part du maréchal Canrobert, que Volta était évacuée et qu'un détachechement du 3e corps l'occupait. Pendant que ie commandant Berthaut donnait divers détails sur le rôle du 3e corps, le maître et la maîtresse de la maison ame-

lièrent leurs enfants que l'Empereur avait désiré voir. C'étaient deux petites filles, de neuf et de cinq ans, que l'empereur d'Autriche avait couvertes de caresses la veille. L'Empereur prit les deux petites filles sur ses genoux et les embrassa affectueusement, et tous les assistants purent voir à la tendresse qu'il leur témoignait qu'il pensait à son fils.

Aussitôt les bivouacs établis, chacun se mit à la recherche de son sac, et des corvées furent commandées pour enterrer les morts non sans avoir, auparavant, couvert leur figure avec leur chemise relevée de façon que l'on ne vît pas les traits décomposés par la chaleur.

Sur tous les chemins, des chariots à bœufs s'avançaientd'un pas monotone ramenant des blessés entassés dans la paille, couverts de poussière et dévorés de soif.

Sur la grande route de Goïto à Gastiglione, le défilé de ces chariots est incessant : il en passe depuis le matin, et il en vient sans cesse. Quatre jours plus tard, l'on relèvera encore des blessés autrichiens cachés dans les blés !

Aux alentours de Solferino, errant au milieu des infirmiers, un grand vieillard d'aspect militaire, le général Le Breton, un vétéran de la Grande Armée, cherche son gendre, le général Félix Douay, qu'on lui a dit blessé. 11 le retrouve à Gastiglione la jambe traversée, et il apprend de sa bouche que son jeune frère, colonel du 70e, a été tué, et que son frère aîné le général Abel Douay a été grièvement blessé.

Devant Gavriana, un groupe d'officiers assiste à l'enterrement du lieutenant-colonel Menessier. Gomme

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