‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 229 sur 255 · LE GÉNÉRAL AUGER · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL AUGER

les Douay, les Menessier étaient trois frères : deux ont été tués à Magenta et Ton rend aujourd'hui les derniers honneurs au troisième.

Dans la ferme de la Casa Morino, le général Auger est étendu sur un grabat. La veille, vers trois heures, il disait à un capitaine :

— Votre tir est trop long.

Un boulet lui a enlevé l'épaule : il est tombé de cheval, des canonniers l'ont ramassé. On Ta amené dans la salle où il est. Des médecins sont venus le visiter et ont déclaré vouloir remettre l'opération au lendemain.

Le général a passé la nuit sans bouger avec son officier d'ordonnance, le capitaine Grévy, qui le veillait :

— On ne me soigne donc pas? dit-il à plusieurs reprises.

A d'autres instants :

— Enfin, c'est dur, je ne pourrai plus me battre ; mais j'espère pouvoir encore rendre des services au comité.

A sept heures du matin, trois médecins l'examinent : le docteur Leconte indique du doigt la ligne où il fera tomber l'épaule, et s'adressant au général :

— Voulez-vous être endormi ?

— Non.

Le capitaine Grévy tient à deux mains la tête de son général, et deux canonniers lui saisissent les jambes. A peine le docteur Leconte a-t-il commencé à tailler les chairs que le boulet, resté dans la plaie, tombe à terre avec un bruit sourd et roule sur le carrelage de la chambre jusqu'au mur où il s'arrête. Les médecins, un instant interdits, reprennent la désarticulation. Le

général ne s'évanouit pas et le soir on le transporte à Gastiglione.

Malheureusement la gangrène se met dans la plaie et il meurt quelques jours après.

Toutes les églises sont des hôpitaux; on étend les blessés sur les dalles, dans la nef, dans les chapelles et au milieu du chœur. On ne peut guère donner de soins à ces malheureux, les médecins sont en nombre insuffisant et il n'y a ni linges à pansement ni charpie. L'Empereur télégraphie, réclame, ordonne que l'on recherche et retrouve la charpie que l'Impératrice et ses dames ont faite à Saint-Gloud, et qui est certainement arrivée. Il fait couper ses chemises, ses mouchoirs, ses draps, son linge de table : mais qu'est-ce que cela pour vingt mille hommes à soigner ! La plupart n'ont comme pansement que des parties de leur chemise que les chirurgiens leur coupent sur le dos et dont ils les bandent.

A Gastiglione, maisons et églises sont pleines et il y a encore des blessés sur des tas de paille dans les cours; et pas un seul médecin! Parmi les prisonniers, se trouvent deux officiers de santé : ils se proposent et ils se dévouent nuit et jour. Leur nom mérite d'être conservé : MM. Starck et Drick.

Quand Napoléon III apprit leur conduite, il les fit féliciter et leur offrit la liberté ; mais ils la refusèrent pour demeurer auprès de leurs malades.

La nourriture fait tout à fait défaut. C'est pour cela que l'armée reste sur place et ne se met pas à la poursuite des Autrichiens. A Brescia, la population se nourrit de plantes et réserve tout le pain que l'on peut cuire dans la ville pour les hôpitaux.

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