‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 232 sur 255 · DEFAILLANCES DE CERTAINS CHEFS · texte numérisé non relu

DEFAILLANCES DE CERTAINS CHEFS

A côté des actes d'héroïsme et pour mieux en faire ressortir la valeur et même pour montrer ce qu'il coûte souvent d'accomplir son devoir, il faut rappeler quelques traits de faiblesse qui furent connus de toute l'armée.

A Solferino, le colonel B..., du 41e, ne parut pas à la tête de ses troupes et, le lendemain, le général Renault, le voyant, lui dit devant son régiment :

— Tant que Renault sera de ce monde, on ne verra pas les étoiles sur vos épaulettes!

Le soir même, le colonel signait sa demande de retraite, et le lieutenant-colonel Paer, le fils du maestro de Napoléon Ier, prenait le commandement du 41e à sa place.

La prédiction du général Renault devait s'accomplir jusqu'au bout. En 1870, après que Renault eut été tué à Ghampigny en conduisant son corps d'armée à l'ennemi, le gouvernement provisoire appelait l'ex-colonel B. . . au commandement des mobilisés des Landes et lui donnait les étoiles que Renault V arrière-garde, s'il eût été encore vivant, ne lui eût pas laissé porter.

Le colonel A. L..., du 2e de ligne, appartenait à la division de Failly. A Solferino, il quitta le combat se disant malade et se rendit à l'ambulance où il fut reçu par le médecin en chef du 4e corps qui, après l'avoir examiné, lui dit, furieux, devant tous les blessés qui attendaient :

— Voulez-vous f. .. le camp! J'ai à m'occuper des blessés et non des bien portants.

Et au moment où ce colonel disparaissait, son régiment était broyé par la mitraille : son lieutenant-colonel , Compagnon, mortellement blessé, refusait de quitter

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le combat en l'absence du colonel : le commandant du 1er bataillon, Douay, avait l'épaule emportée et demeurait également à son poste, mourant, adossé à un peuplier derrière ses tirailleurs : sous-officiers et soldats faisaient preuve du même dévouement et, parmi eux, le sergent Gonadou restait aussi avec ses hommes, malgré une blessure terrible.

Le lendemain, le colonel A. L... reparut à la tête de son régiment, et en le voyant le maréchal Niel se contenta de lui dire : « Je vous croyais blessé. » Et cependant le soir même de la bataille, le général de Failly avait proposé le colonel A. L... pour la cravate de commandeur!

Le général de Failly était un brave soldat, mais il était intrigant, savait se faire valoir, et faire valoir les gens influents et bien apparentés : or, le colonel A. L... avait des protecteurs, tant en France qu'en Allemagne, fort influents; il y en avait même d'apparentés à l'Empereur comme les Tascher de la Pagerie, et le général de Failly ne dédaignait pas leur appui. Quand la croix de commandeur arriva, personne, pas même le général de Failly, n'osa la remettre au colonel A. L... On dut la lui envoyer par un planton.

Rentré en France, le corps d'officiers du 2e de ligne se refusa à tout rapport avec son colonel et à l'inspection générale le général Forey fit paraître un ordre du jour sanglant pour lui.

Alors la situation devint tellement aiguë qu'à la demande de tout le corps d'officiers le maréchal Niel fit venir le colonel L... et l'invita à signer sa demande de mise à la retraite, ce qu'il fit.

Tout le monde ne suivait pas les errements du

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