DANS LE LIT D'UN MEUNIER
général de Failly. Ainsi le capitaine L..., du 45e, s'étant prétendu blessé à Magenta, fut proposé par le colonel Manuelle, à la fois comme chevalier de la Légion d'honneur et comme chef de bataillon. Il faut dire que le capitaine L... était le fils d'un vieux colonel du génie, camarade de promotion et ami intime du maréchal Vaillant. Lorsque les officiers du 45e connurent cette double nomination, ils se réunirent en monôme et se rendirent chez le général de La Motterouge qui les reçut fort mal, mais en avisa le maréchal de Mac- Mahon.
Celui-ci ordonna une enquête : on fît mettre à nu le capitaine devant une commission de médecins et son corps fut reconnu vierge de toute blessure
Le maréchal, quoiqu'il estimât le vieux colonel Manuelle qu'il avait toujours vu en Afrique et à Solferino marcher bravement au feu, exigea de lui sa mise à la retraite et, malgré l'opposition du maréchal Vaillant, obtint également la mise en retrait d'emploi du capitaine L... déjà passé avec son nouveau grade au 98e.
Nous n'avons cité que ces faits, parce que des décisions parues au Moniteur les ont rendus publics. Nous pourrions aussi rappeler ce commandant qui est devenu général plus tard et dont un de nos grands peintres a fait un portrait superbe. A Solferino, il alla se coucher dans le lit d'un meunier, et laissa ses troupes à la dérive. A l'assaut de Malakoff, il s'était déjà excusé de ne pas s'y rendre en disant qu'arrivé de la veille il n'avait pas pu défaire encore ses cantines. Il avait un physique superbe et une femme charmante Ce fut la cause de sa réussite.
La bataille de Solferino amena entre les maréchaux Niel et Ganrobert un différend dont on a beaucoup parlé, que l'on a souvent défiguré, et qui n'était que le résultat d'un malentendu : les deux maréchaux étaient d'une entière bonne foi, et après une explication ils oublièrent leur discussion et se réconcilièrent sincèrement.
A la fin de la bataille de Solferino, le général Niel — qui devait être nommé maréchal de France le lendemain — se rendit dans l'intérieur de la ferme de la Casa Nuova ; là assis sur un fagot, le long d'un mur, il dicta son rapport qui, dans son esprit, était destiné à l'Empereur seul. Aussi, y émit-il des appréciations toutes personnelles comme celle-ci :
« Le but que je poursuivais, et qui aurait donné de magnifiques résultats si j'avais pu l'atteindre, c'était que lorsque Gavriano serait au pouvoir du 4e corps, le maréchal Ganrobert arrivé à Médole voulût bien envoyer en avant une ou deux divisions pour occuper Rebecco; alors, avec les deux divisions de Luzy et de Failly, j'allais m'emparer de Guidizzolo et je coupais la retraite aux masses ennemies : malheureusement, le maréchal Ganrobert menacé sur sa droite ne jugea prudent de me prêter son appui que pour la fin de la journée. »
Le maréchal Niel, au moment où il écrivait ces lignes, ignorait que la division de Luzy, de son corps d'armée, avait été soutenue à partir de dix heures et demie du matin par la division Renault, du corps du maréchal Ganrobert. Il ignorait encore bien plus que si le général Renault n'avait pas marché sur Rebecco comme le maréchal Ganrobert lui en avait donné l'ordre, c'est